Test Event de Rio, 4 ans après : retour sur la qualification des Français

Ils se sont faits peur mais ils ont réussi. Le 16 avril 2016, l’équipe de France masculine décrochait sa qualification pour les Jeux Olympiques de Rio. Quatre ans après, gymnastes et staffs se souviennent, comme si c’était hier, de ce moment mémorable qui a laissé des souvenirs intarissables. À l’occasion de ce quatrième anniversaire, Gym and News vous propose de revenir sur cette compétition mythique, stressante mais aussi et surtout particulièrement éprouvante, par le biais d’une série d’articles. Après le retour sur la qualification des Françaises, place à celle des masculins. Une équipe de France composée de six gymnastes et d’un remplaçant, Samir Aït Saïd, Cyril Tommasone, Julien Gobaux, Guillaume Augugliaro, Axel Augis, Kévin Antoniotti et Zachari Hrimèche.

Huit équipes pour quatre tickets, soit une chance sur deux de se qualifier. L’équation est simple à résoudre mais le chemin de la qualification n’était pas si aisée. Des frayeurs, il y en a eu. Et la chaleur écrasante de Rio n’a pas évité les sueurs froides… au contraire. Pourtant les six Français alignés à Rio sont arrivés à leur fin et l’équation, ils l’ont brillamment résolue. À la différence que le bonheur procuré par la qualification était tout simplement incomparable avec celui qu’on peut ressentir lorsqu’on parvient à résoudre un simple problème arithmétique. À Rio, l’esprit kangourou était activé. Sauter partout, joyeusement, pour célébrer la qualification était alors de mise. Une euphorie partagée par un groupe uni, solidaire, et heureux. « On était tous en rond, tous ensemble et on savourait » , sourit Philippe Carmona, entraîneur au pôle France d’Antibes présent à Rio lors de ce jour mythique. « On venait de faire quelque chose de grand alors on est resté un long moment sur le plateau pour faire des photos, se prendre dans les bras, alors qu’on nous demandait de sortir du plateau. Mais nous voulions profiter de ce moment. C’était notre moment » , se souvient encore ému le technicien antibois.

À Rio donc, en ce jour d’avril, le clan tricolore a réussi à décrocher l’un des 4 derniers tickets olympiques encore en jeu. Celui qu’ils n’avaient pas réussi à obtenir quelques mois plus tôt lors des championnats du monde. Si la première tentative avait échouée, la seconde était finalement la bonne. « C’est toujours un plaisir pour moi de parler de cette compétition, surtout que la qualif’ était loin d’être gagnée  » , précise Philippe Carmona. Tout le monde en avait conscience et tout le monde savait que les années à venir pouvaient être compliquées en terme de qualification olympique. Ils ne s’étaient donc pas trompés puisque quatre ans après, l’équipe de France masculine n’est pas parvenue à se qualifier pour les Jeux Olympiques de Tokyo lors des championnats du monde de Stuttgart. Visionnaires ? Non, réalistes et conscients de la situation. « Il ne faut pas le cacher, on était dans l’euphorie du moment, heureux de s’être qualifiés, on a tous explosé de joie mais tout de suite après on a pris conscience que les qualifications allaient désormais être compliquées, analyse Christophe Pinto Alves, le kiné. Tout le monde avait pris conscience du retard que la France était en train de prendre par rapport à d’autres nations. Mais à l’instant T, on a savouré la qualification, c’était le plus important. »

Pour le Test Event, le clan tricolore avait dû s’organiser autour d’une infirmerie bien garnie. « Il y avait beaucoup de blessés : Hamilton Sabot, Arnaud Willig, Danny Pinheiro-Rodrigues, Jim Zona. Tous ces gyms étaient des gyms expérimentés qui ont manqué » , livre le technicien antibois avant d’ajouter : « Mais malgré toutes ces absences, les gars ont réussi à aller chercher cette qualification olympique. Tout le monde a été exceptionnel ce jour-là ! Ils se sont tous transcendés et les moins expérimentés ont parfaitement géré la pression. » Car une petite interrogation entourait en effet la compétition : comment les jeunes gyms, ceux qui avaient encore peu d’expérience internationale, allaient-ils gérer la pression ? « Ils ont réussi à mettre de côté la pression et c’est ce qui a permis ce résultat-là. Nous étions vraiment fiers d’eux » , complète alors Philippe Carmona.

Résultat, les six masculins ont été impeccables. « Aucune grosse erreur n’est rentrée dans le total équipes » se félicite l’entraîneur. Des réceptions soignées et des piles chutes, de belles lignes, des mouvements bien maîtrisés, posés, pas précipités, la copie était quasi-parfaite. L’enjeu a permis de révéler de très belles choses. « Cette qualification était un véritable soulagement » , livre d’ailleurs Julien Gobaux, le métronome de l’équipe de France masculine. Celui sur qui l’on sait qu’on peut compter. « On travaille dur pour les Jeux, pour la qualif’ olympique, alors lorsqu’on la décroche, c’est un réel soulagement. Mais jusqu’à la fin on a eu peur, se souvient-il. On a fait un beau match mais les autres équipes aussi un très gros match, comme les Pays-Bas par exemple ! »

Les Bleus ont débuté la compétition au saut. Un agrès stressant pour le meilleur généraliste français. « J’étais en stress de débuter au saut car je devais faire une lune double avant. En plus il y avait eu un bug sur la note d’avant et qui était longue à sortir donc le stress ne faisait que de monter » , confie Julien. Mais malgré la pression, il a parfaitement lancé sa compétition en maîtrisant son saut. Ensuite, il a déroulé. Comme ses coéquipiers. Des Bleus qui ont terminé leur compétition aux anneaux. Le dernier agrès, celui qu’il ne fallait absolument pas raté pour espérer se qualifier. Celui sur lequel ils obtiendront au final le meilleur total équipes, toutes rotations confondues. Samir Aït Saïd, le spécialiste tricolore à cet agrès, était le dernier à s’élancer. Celui qui allait boucler le tour des Français. Il n’avait donc pas le droit à l’erreur. Il avait la qualification au bout des épaules… « Il fallait que je sorte une grosse note » , lance-t-il. « Alors forcément, cela m’a rajouté de la pression mais, cette pression, je l’ai utilisée en stress positif. Il est rare que je me sente impuissant à cause de la pression, c’est souvent le contraire. »

Véritable compétiteur, Samir Aït Saïd a réalisé le mouvement qu’il fallait pour ramener de précieux points. Ces précieux points qui finiront par amener les Bleus à Rio trois mois plus tard. Cette compétition qui marquera finalement son histoire avec sa lourde blessure au tibia, contractée au saut, devant des millions de téléspectateurs. Mais à ce moment-là, il ne le savait pas. Il savourait cette qualification avec le reste de son équipe. Avec les coachs. « Nous avions une très bonne équipe sur ce Test Event, éclaire-t-il. Personne ne se tirait dans les pattes. Nous étions vraiment dans une bonne dynamique. Idem avec les entraîneurs, ils agissaient en toute transparence avec nous. »

Mais avant le soulagement de la qualification, le stress était au rendez-vous… « On a eu peur, se souvient encore 4 ans après le kiné Christophe Pinto Alves. Les Allemands étaient passés au premier tour. Quand on a vu leur total, on s’est dit qu’il allait falloir sortir un gros total pour espérer se qualifier ! » Ni entraîneur, ni gym, il a pourtant vibré tout autant qu’eux ! « J’adore être sur le plateau de compétition, lance-t-il. Même en tant que kiné, je vis des émotions énormes. » D’autant plus que Christophe Pinto Alves connaît très bien les gyms aux côtés de qu’il évolue depuis 2014 sur la scène internationale. Certains sont même des amis. Comme Axel Augis par exemple. « Je le connais par coeur Axel. Je sais que lorsqu’il ne passe pas à l’agrès, il est encore plus stressé que s’il passait, car il n’a pas la main sur les choses. Et puis à force de les suivre, je sais comment il faut être avec eux. Certains préfèrent qu’on les laisse tranquille, qu’on garde une certaine distance, quand d’autres préfèrent qu’on soit près d’eux. Alors on agit en fonction de leurs besoins, leurs envies. En tout cas, ils savent que je suis là pour eux. Et pendant les soins, avant ou même après les compétitions, j’ai une relation privilégiée avec eux. En tant que kiné on a une position particulière mais très importante. Les gyms se confient souvent à nous, ce sont des moments privilégiés entre eux et moi, qui font partie de l’histoire de leur compétition. »

À Rio, les Bleus ont donc brillé pour aller chercher ce précieux sésame tant convoité. « Le soleil de Rio leur a fait du bien » , sourit Christophe. « Il faisait vraiment chaud mais ça ne les a pas forcément gênés. Ce qui les a le plus dérangé, c’étaient les moustiques ! Je me souviens, alors qu’il faisait plus de 30 degrés, Cyril (Tommasone) sortait toujours en t-shirt manches longues ! Il avait chaud mais il me disait ‘au moins, je ne me ferai pas piquer’ Il me faisait tellement rire. Avec Cyril, on rigole toujours beaucoup. Et puis tout le monde avait sa bombe anti-moustique avec lui. C’était l’accessoire indispensable. » En effet, à l’époque, le virus Zyka menaçait… imaginez-vous un peu si un gym avait été privé de Test Event à cause d’une piqûre de moustiques qui avait mal tourné. Toutes les précautions étaient donc prises pour éviter ce genre de désagrément.

Le voyage en lui-même était donc mythique. Historique même pour certains. « En tant qu’athlète de haut-niveau, on a cette chance de pouvoir voyager et découvrir des pays magnifiques » , se réjouit Julien Gobaux. « C’était la première fois que j’allais au Brésil, j’étais tellement excité. Nous sommes vraiment des chanceux. Et je me souviens, après 12h de vol, avec Zach (Zachari Hrimèche était remplaçant, NDLR), on avait besoin de relâcher un peu la pression avant d’entamer la dernière ligne droite de la préparation et on avait envie d’aller se dégourdir un peu les jambes. Alors on est allé se chercher un jus de fruit qu’on est allé boire sur la plage. On a savouré ce moment, ça n’a pas duré longtemps, mais ça nous a fait du bien. Et surtout c’était magique. Même si j’ai l’habitude de voir la plage car j’habite à Antibes le reste de l’année, là c’était quelque chose d’exceptionnelle ! On était à Rio ! »

Après cette petite parenthèse enchantée, les jours ont ensuite défilé entre entraînements au gymnase et préparation physique sur la célèbre plage de Copacabana. Jusqu’à ce 16 avril… ce jour mythique et historique.

Charlotte Laroche

 

Le classement : 

  1. Allemagne 350.609
  2. Ukraine 350.160
  3. Pays-Bas 347.444
  4. France 346.583 
  5. Roumanie 344.148
  6. Espagne 342.725
  7. Belgique 342.534
  8. Canada 330.626

 

Retour sur les principaux moments de la compétition : 

 

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