Il y a tout juste un an, le 14 avril 2019, les championnats d’Europe de gymnastique artistique se clôturait à Szczecin, en Pologne. Une compétition inoubliable pour Mélanie De Jesus Dos Santos qui fut sacrée au concours général, deux jours plus tôt, avant de remporter l’argent à la poutre puis de nouveau l’or au sol, un an après son sacre à Glasgow. Souvenir d’un instant mémorable.

12 avril 2019. Mélanie De Jesus Dos Santos, la pépite de la gymnastique française, décrochait l’or au concours général. Quatorze ans après Marine Debauve, la Martiniquaise entrait à son tour dans l’histoire. Pourtant le chemin était loin d’être tout tracé et cette médaille aurait pu lui passer sous le nez. Quelques mois plus tôt, Mélanie se blessait à la main. Un gros point d’interrogation entourait alors sa participation aux championnats d’Europe et au concours général. « À l’origine, je n’étais pas censée présenter les 4 agrès, je devais uniquement passer au sol » , éclaire Mélanie. « Et puis finalement, j’ai réussi à revenir à temps. » La machine était donc lancée, plus rien ne pouvait arrêter la pensionnaire du Pôle de Saint-Etienne mais le timing était serré. Très serré.

Une préparation expresse causée par sa blessure mais aussi par quelques désaccords sur la manière dont devait être prise en charge sa blessure. Devait-elle être opérée ou non ? Les avis divergeaient. Mais Éric Hagard, le coach stéphanois, qui regrettait « les différentes péripéties polémiques autour du geste médical à prodiguer ou non sur sa main » , a préféré prendre la température auprès de sa gym. « Après avoir écouté Mélanie, qui se connaît très bien sur le plan du ressenti anatomique, et qui disait, en toute franchise, pouvoir refaire sans risques ses programmes antérieurs » , le compte-à-rebours était lancé et la préparation sur les 4 agrès étaient de nouveau à l’ordre du jour. « Nous avons alors fait une préparation hors normes, notamment aux barres asymétriques et au saut, qu’elle ne devait pas présenter, sans mettre de pression car nous savions que cette échéance avait été tronquée à la base par cet incident mécanique à la barre fixe » , éclaire le technicien stéphanois.

Les objectifs se posèrent rapidement : « Faire son maximum, en poutre et sol qu’elle avait pu préparer d’une façon plus que correcte, avec la possibilité de pouvoir conserver son titre européen au sol qu’elle avait obtenu à Glasgow, l’année précédente » , explique Éric Hagard. Véritable compétitrice, persévérante dans l’âme, et surtout perfectionniste, Mélanie soigna sa préparation. Sans pour autant se mettre de pression. Ce qu’elle visait avant tout, c’était le doublé au sol. Conserver ce titre qu’elle avait décroché un an plus tôt. Pour le reste, elle ne faisait pas de plan sur la comète. À l’entrainement, elle était concentrée. Focus sur son échéance à venir.

À Szczecin, ville de Pologne imprononçable, la pépite française n’a pas tremblé. Les qualifications se passent parfaitement bien, lui ouvrant ainsi les portes de 4 finales : concours général, barres asymétriques, poutre et sol. Avec cet objectif d’aller chercher l’or au sol et conserver ainsi son titre européen à cet agrès. Mais avant de penser au doublé au sol, elle avait une première étape à franchir : la finale du concours général qu’elle débuta au saut. Tout aurait pu bien commencer mais finalement un obstacle se mit sur le chemin de la tricolore… Une réception hasardeuse lui fit perdre de précieux points. Mélanie pointait alors à la cinquième place du classement. Pas de quoi paniquer pour autant, la compétition ne venait que de commencer mais il allait falloir limiter les erreurs pour tenter de remonter au classement et accrocher un podium. « Je savais que je n’avais pas fait un très bon saut mais je me suis dit ‘ce n’est pas grave, tu n’es pas tombée, tu es juste sortie, tout est encore possible » , se souvient Mélanie. Rapidement, elle parvient à se remettre dans sa bulle. « Cette erreur m’a donné encore plus la gnaque pour la suite de la finale » , ajoute-t-elle. Quant à Eric Hagard, qui la connaît par coeur, son discours est clair et concis. « À ce moment-là, il me dit ‘ce n’est pas grave, il reste encore 3 agrès’. Il sait très bien comment je fonctionne, il sait que quand je rate, je reste focalisée sur mon erreur, donc il a insisté sur le fait que ce n’était pas grave et qu’il fallait que je me concentre sur le reste de la compétition et que tout était encore possible. » Rapidement, le duo se focalisa donc sur l’après. « Mes premiers mots ont été de lui dire de rester concentrée car la compétition sera longue, que rien n’est encore joué, et de respecter le rituel de compétition en faisant les exercices de préparation pour l’agrès suivant (les ATR et le travail d’appui pour les barres asymétriques) » , confie Éric Hagard.

Les consignes étaient données. Place aux barres asymétriques donc. Cet agrès que Mélanie avait repris deux petites semaines avant la compétition. À Szczecin, son mouvement est maîtrisé, ce qui lui permet de grappiller une place au classement. Elle pointe alors à la quatrième place du classement. Vint ensuite la poutre. L’agrès où tout peut basculer. Où la chute peut si vite arriver. L’agrès qui pouvait stopper net ses rêves de podium mais qui pouvait, au contraire, lui permettre d’espérer une médaille. « Avant la poutre, j’étais dans une bulle » , livre-t-elle. « Je n’entendais même plus ce qu’il se passait autour de moi. Je n’entendais plus un seul bruit, j’étais concentrée. Je me disais que je n’avais pas le droit de tomber, qu’il fallait que je réussisse. » Une fois sur la poutre, Mélanie s’est montrée particulièrement solide. Elle n’a pas tremblé. Elle n’a pas chuté. Le mouvement est fluide, les accros sont maîtrisées et les liaisons sont réussies. La note tombe : la Française grimpe à la deuxième place du classement. Il ne lui reste alors plus qu’un seul agrès : le sol. Cet agrès qui lui a souri un an plus tôt à Glasgow. Cet agrès qu’elle maîtrise, qu’elle aime tant. Cet agrès qui lui va si bien. Elle commence alors à croire au sacre. Tout comme Éric Hagard. L’or était en effet à portée de main. Mais il ne fallait pas se manquer… « Le sol est mon agrès préféré, je l’attendais patiemment, lance Mélanie. Juste avant de passer, je me suis dit, ‘ça y est c’est le sol, lâche-toi, éclate-toi. Réussis tes accros mais pense aussi à danser comme tu sais faire, à te lâcher !’ Je savais que c’était là que je pouvais récupérer des points en artistique, en dansant, en prenant du plaisir. » Un plan d’action qui se réalisa. Mélanie s’éclate et prend du plaisir. Elle en impose par son talent, sa grâce et son dynamisme. Elle est divine. Elle dégage quelque chose qui lui est si propre. Son mouvement terminé, les juges mettent fin au suspens en délivrant la note : 13.600. Deuxième après la poutre, la première place lui ouvre enfin les bras… mais le sacre n’est pas encore acquis car Angelina Melnikova n’est pas encore passée. Mais rien n’y fera, le sacre sera pour Mélanie. La Russe commet quelques erreurs et sa note sera insuffisante pour dépasser Mélanie qui devient alors la deuxième Française à être sacrée au concours général aux championnats d’Europe.

Ni une, ni deux, Lorette Charpy, également alignée sur cette finale du concours général, Marine Boyer et Coline Devillard lui tombent dans les bras. Un moment de cohésion qui fit le tour des réseaux sociaux. Les larmes coulaient sur les joues rosées par l’excitation du moment et les sourires restaient figés sur les visages. Un moment intense partagé à quatre. Une émotion inoubliable. De nature réservée, à souvent retenir ses émotions, Mélanie ne peut retenir ses larmes. La pression qui redescend mais aussi la fierté et l’émotion de partager cet instant magique avec ses coéquipières de l’équipe de France. Ses amies, presque comme une deuxième famille. « C’était beaucoup d’émotions » , se rappelle alors Mélanie. « Avec les filles, on était super soudées, elles m’ont toutes prises dans leurs bras, c’est vraiment le moment qui m’a le plus touché. Le fait qu’elle soit toutes là pour me féliciter, c’était un super moment. Je ne l’oublierai jamais. »

De leurs côtés, Éric et Monique Hagard savourent également ce moment. Lorsque le technicien stéphanois découvre le classement, de nombreuses émotions l’envahissent. Mais que ressent-il exactement à ce moment-là ? « Une immense joie, un très grand respect et de l’admiration pour Mélanie, en revoyant dans ma tête, l’espace de quelques secondes, tout le chemin parcouru et les obstacles qu’il a fallu franchir pour en arriver là… » En tant qu’entraîneur, un moment mémorable. « Une forme d’accomplissement, de rentrer dans un club restreint d’entraîneurs qui ont réussi. C’est également la fierté du devoir accompli… » , peut se féliciter l’entraîneur. Une étape de franchie (et méritée) pour l’un des meilleurs techniciens français.

À distance, la première place de Mélanie est vécue avec tout autant d’émotions par les membres de sa famille d’accueil. « Nous gardons un souvenir énorme de ce sacre et lorsque nous voyons les images, nous avons encore des frissons et les larmes aux yeux avec cette phrase en tête : enfin les sacrifices paient » , lance Estelle chez qui Mélanie a posé ses valises il y a maintenant 6 ans, deux ans après son arrivée en métropole. « Au moment de la finale, nous étions à la gym à l’Indépendante Stéphanoise avec ma fille qui s’entraînait ce soir-là » , se souvient-elle. « Moi j’étais dans la salle, je donnais un coup de main à l’entraîneur de ma fille. Mon mari était avec les entraîneurs et les responsables du pôle dans une salle. Il venait me donner les infos régulièrement de son classement. Je n’arrivais pas à regarder… Puis il y a eu le passage au sol et là, avec les petites et leur entraîneur, on a décidé de regarder sur nos téléphones. Beaucoup n’y croyait plus mais moi je savais qu’elle le ferait. Mel est une battante, une lâche rien. Et là, la note tombe… Les larmes ont coulé, et nous avons fêté ça avec le pôle. » Il ne leur restait plus qu’à l’accueillir comme une reine à sa descente de l’avion. « Nous sommes allés l’attendre à l’aéroport à Lyon, avec une partie du staff du pôle, précise Estelle. Mélanie et Lorette étaient très surprises mais très heureuses de cet accueil. »

Un an après, les émotions sont toujours aussi fortes. « Ce sacre, c’est beaucoup de bons souvenirs » , sourit Mélanie avant d’ajouter : « Surtout en revoyant les reportages, les images qui tournent sur les réseaux sociaux en ce moment, ça me donne des frissons. » Et si elle devait résumer ces championnats d’Europe de Szczecin en 2 mots, elle n’hésite pas. Sa réponse est limpide : « magique et improbable« .

Improbable… Dix lettres qui collent parfaitement à la situation pour cette gymnaste qui, quelques semaines plus tôt, ne devait même pas présenter les 4 agrès. Qui deux petites semaines avant reprenait tout juste l’entraînement aux barres asymétriques. Mais Mélanie a ce talent qui lui permet de déjouer tous les pronostics. D’être là où on ne l’attend pas forcément. Cinquième après le premier agrès, la Martiniquaise s’empare finalement de la première place. Une « remontada » légendaire qui lui a permis d’entrer dans l’histoire et d’écrire son nom dans le marbre. La magie MDJDS, tout simplement.

Charlotte Laroche

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