Samir Aït Saïd : « Je ne vais pas jouer petit ! »

Il a manqué la médaille mondiale aux anneaux pour 8 petits millièmes… De retour sur la scène internationale 14 mois après sa blessure au tibia dont les images avaient ému le monde entier, Samir Aït Saïd a terminé au pied du podium de la finale des anneaux lors des championnats du monde de Montréal. Une quatrième place au goût amer pour celui qui méritait d’accrocher un podium après avoir réalisé le meilleur mouvement de sa carrière. Un mouvement qui lui a permis d’obtenir la deuxième meilleure note de la compétition sur cet agrès en terme d’exécution. Quel bilan tire-t-il de sa compétition et comment voit-il les choses désormais ? Il se confie dans une interview exclusive quelques heures après avoir posé le pied sur le sol français.

Gym and News: Samir, te voilà de retour en France, tout d’abord comment te sens-tu ?
Samir Aït Saïd : Fatigué ! Le décalage horaire est dur à encaisser (Rires).

Quel bilan tires-tu de tes championnats du monde ?
J’en tire un bilan très positif même s’il n’y a pas la médaille au bout. Mais je suis content car je ne regrette rien. Alors certes, il y a de la frustration car je passe à côté de la médaille pour 0,008 points mais c’est le jeu ! Désormais, il faut retourner à l’entraînement et gagner quelques points sur la note de départ pour que ce genre de dénouement ne se reproduise pas. Les trois qui finissent sur le podium avaient une note de départ supérieure à la mienne, c’est ce qui a fait la différence.

Une note de départ qui serait de combien ?
6.5 avec un mouvement complètement remanié avec des nouvelles forces et une nouvelle sortie. Maintenant, il n’y a plus qu’à le bosser !

Samedi, lorsque tu piles ta sortie en finale des Mondiaux, que ressens-tu à ce moment-là ?
A ce moment-là, il y a beaucoup d’émotion. Pendant mon mouvement, j’étais conscient que j’étais en train de faire un bon mouvement et qu’il fallait que je pile ma sortie. Alors une fois que je pile, je me suis dit : « ça y est, je l’ai fait. J’ai réussi ! » C’était une réelle satisfaction et j’étais fier du travail effectué. J’ai repensé à toute ma préparation, aux moments difficiles, et je me suis dit que tout ce travail avait payé.

Tu étais troisième avant le passage du dernier finaliste, le chinois Liu Yang, qu’est-ce que tu te dis lorsque tu vois qu’il passe devant toi au classement final et que tu termines donc au pied du podium ?
J’étais dégoûté. Clairement j’étais dégoûté quand j’ai vu sa note sortir. Malheureusement il faut un 4eme et ça fait deux fois de suite que je suis 4eme. Et je me fais toujours passer devant par le même ! Mais aux prochains championnats du monde, ça ne se passera plus comme ça. J’ai vu que je pouvais faire partie des meilleurs, tout s’est joué dans un mouchoir de poche alors que je n’avais eu que 3 mois de préparation. J’ai vraiment compris que j’avais le niveau pour être champion du monde. Après seulement trois mois de préparation, j’ai réussi à faire ce mouvement, le meilleur mouvement jamais fait jusque-là. Même aux Jeux, je n’avais pas fait un aussi bon mouvement donc je suis vraiment satisfait. C’est également très positif pour la suite. Tout le travail d’équipe qui a été fait ces derniers mois  avec mon entraîneur, le médecin, la kiné a porté ses fruits. La confiance de Yann Cucherat à mon égard a aussi été très importante pour moi. Il m’a fait confiance et je lui ai montré qu’il pouvait compter sur moi. Yann est une personne que je respecte énormément, il écoute les sportifs, il sait où il veut aller et je me devais de ne pas le décevoir.

Deux semaines avant les championnats du monde, tu as fait ton retour sur la scène internationale lors des Internationaux de France. Compétition au cours de laquelle tu as décroché la médaille d’argent aux anneaux. Comment as-tu vécu cette expérience ? 
A Bercy, j’ai vécu les deux jours complètement différemment. Le 1er jour, j’avais beaucoup de stress ! Je savais que j’étais attendu par le public mais aussi par les entraîneurs car j’avais un quota à réaliser en vue des championnats du monde. Il était impossible pour moi de rater donc je me suis mis beaucoup de pression ! Le 2eme jour, je savais que j’avais réalisé les quotas, j’y suis donc allé de manière beaucoup plus détendu et j’ai tout simplement kiffé ma compète ! J’ai vécu ma finale à 100%, j’ai tout donné et ce n’était que du bonheur. Maintenant, je prends vraiment conscience du bonheur que j’ai d’être en compète alors qu’avant je ne profitais pas totalement du moment. Avant c’était médaille médaille, maintenant c’est « enjoy » aussi !

Comment vois-tu les choses désormais ?
Je dois me faire opérer pour enlever le gros clou qui me reste dans le tibia et après cette dernière opération, la page de ma blessure se tournera. Ensuite, j’ai pour objectif de faire le plus de compétitions possibles.Il faut que je montre aux juges que je suis là. Il faut que je me montre sur la scène internationale pour me faire un nom. En 2018, mon objectif est de faire toutes les étapes de Coupe de monde, les Jeux Méditerranéens, les championnats d’Europe et les championnats du monde. Je ne vais pas jouer petit ! Depuis ces championnats du monde, j’ai pris conscience que je pouvais être champion du monde et champion olympique. J’ai vu que j’avais le niveau et ça, c’est très important.

Quelle est la prochaine échéance ? 
La revue d’effectifs à Sarreguemines dans quinze jours. J’avais la possibilité de ne pas faire cette compétition mais j’ai envie de la faire. Comme je l’ai expliqué, je veux faire le maximum de compétitions possibles car c’est comme ça que mon niveau va augmenter et toutes les compétitions seront bonnes à prendre !

Propos recueillis par Charlotte Laroche pour Gym and News

 

Le mot du coach, Rodolphe Bouché 

« Plusieurs sentiments se mêlent après ces championnats du monde. Tout d’abord, je suis content de Samir et fier de lui. Le mouvement qu’il a fait, c’est son meilleur mouvement. Même aux JO, il n’avait pas fait un mouvement comme cela. On visait un point de faute en exécution et il sort à 9.058, l’objectif a donc été rempli. Il a fait 100% de ce qu’il avait à faire. Sur sa sortie, il prend 0.3 de fautes à cause de la fermeture du corps donc sur les 9 autres éléments, cela veut dire qu’il n’a que 0.7 points de fautes ! Mais comme en 2015, à Glasgow, le chinois lui passe devant alors qu’il fait un mouvement moins bien en exécution car Samir réalise la deuxième meilleure note d’exécution du concours… mais le 0.1 point supérieur sur la note de départ fait cette différence. Donc forcément, on ressent de l’amertume, de la frustration mais je suis vraiment satisfait du travail que Samir a fourni. Malheureusement, ça n’a pas été récompensé. Désormais, pour être sur le podium, il faut qu’il sorte du lot en partant avec une note de départ plus haute : 6.4/6.5. C’est ce qui fera la différence et qui évitera qu’il soit poussé hors du podium pour quelques millièmes de points. On a un an de travail devant nous et l’objectif est qu’il se fasse un nom. Pour cela, il va disputer les différentes étapes de Coupe du monde. Il faut qu’il navigue sur tous les continents et qu’il développe sa notoriété sur l’ensemble de la scène internationale. Mais une chose est sure, depuis ces championnats du monde, on sait qu’il peut devenir champion du monde et champion olympique. Maintenant, nous en avons la certitude. »

Propos recueillis par Charlotte Laroche pour Gym and News

 

Retrouvez un reportage exceptionnel sur Samir Aït Saïd le 22 octobre prochain, à 18h, sur Canal + dans Intérieur Sport. Un reportage de 52 minutes qui reviendra sur les 13 derniers mois de l’athlète. 

Retour sur sa finale aux anneaux en cliquant ici

 

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