Patrice Casimir : « La gym m’a permis d’apprendre à ne pas abandonner dès qu’il y a un problème »

Ancien membre de l’équipe de France de gymnastique artistique masculine, Patrice Casimir a marqué l’histoire de la gymnastique française. Spécialiste des arçons, il fut médaillé de bronze sur cet agrès aux championnats d’Europe en 1996 mais manqua le podium de peu, quelques mois après aux Jeux Olympiques d’Atlanta. De retour sur l’Île de la Réunion depuis l’arrêt de sa carrière de haut-niveau, que devient-il ? Prenons de ses nouvelles.

Gym and news : Que deviens-tu ?
Patrice Casimir : Je suis entraîneur, marié, père de trois enfants (trois filles) et je suis retourné vivre à la Réunion.

Comment te décrirais-tu en tant qu’entraîneur ?
Je dirais que je suis quelqu’un d’exigeant. J’ai un groupe de performance donc je suis exigeant sur la technique et le comportement. Mais je suis aussi compréhensif, je comprends les gyms car j’ai été à leur place. C’est donc plus facile de les comprendre.

En tant qu’entraîneur, quelle est ta plus grande fierté pour le moment ?
Déjà, entraîner des jeunes est une fierté. Sinon il y a également les titres décrochés aux championnats de France et de réussir à envoyer quelques gymnastes en pôle France.

Quel regard portes-tu sur ta carrière de gymnaste de haut-niveau ?
Avec le recul, je me dis que de là ou je viens, je pense avoir fait un bon parcours : être en équipe de France, participer aux JO, faire les championnats du monde, je pense que ça a été de la réussite pour moi.

Peux-tu revenir sur les raisons de ton arrêt du haut niveau ?
Les blessures à répétition. J’en ai eu un petit peu marre d’être souvent blessé et ça m’a contraint à arrêter.

Comment s’était prise cette décision ? Tu avais hésité ou alors c’était une évidence ?
Hum… j’avais hésité… mais j’avais une opportunité d’emploi au club où je suis actuellement et j’ai sauté le pas et j’ai arrêté. Il y avait comme un goût d’inachevé par rapport aux JO avec ma 4eme place (à Atlanta, en 1996).  Alors c’est vrai que je garde un bon souvenir des Jeux Olympiques mais j’ai un regret quand même de ne pas avoir fait de médaille et de poursuivre. J’aurais bien aimé poursuivre pour l’atteindre. Mais je me dis qu’avec les blessures ça devenait difficile surtout que j’ai commencé très tôt en équipe de France.

Qu’est-ce qui a été le plus dur pour toi lorsque tu as arrêté le haut-niveau ?
Ce qui m’a beaucoup manqué c’était les compétitions, l’entrainement et surtout les copains me manquaient. J’étais au pôle avec eux depuis l’âge de 12 ans donc le fait de les quitter, ça a mis un coup moral.

Qu’est-ce qui a été le plus dur pour toi durant toutes les années où tu as fait du haut-niveau ?
Les entraînements (Rires). L’éloignement familial ça va, ça m’avait vraiment manqué au début, entre 12 et 18 ans. Je pense que c’était la période où je me posais des questions « est-ce-que je continue, est-ce-que j’arrête » mais une fois que j’avais accédé à l’équipe de France, la voie était tracée et c’était plus facile d’aller vers mon objectif.

En un ou plusieurs mot(s), comment décrirais-tu ta carrière ?
Je dirais que je suis satisfait de ma carrière.

Quel est ton meilleur souvenir en tant que gym de haut-niveau ?
Ça reste ma première sélection en équipe de France, et après c’est d’avoir participé aux Jeux Olympiques deux fois. Et aussi d’avoir été entraîné par Jean-Louis Bourbon et d’avoir eu comme directeur Christian Soulier. Ce sont des personnes qui ont comptées pour moi, qui m’ont aidé à atteindre ce niveau-là. C’est très important pour moi que je dise que j’ai été bien entouré aussi par une famille d’accueil, la famille Geria. Ce sont des personnes qui ont compté pour moi aussi. Pendant les vacances, j’allais chez eux, je ne me retrouvais pas tout seul. Sans oublier bien sûr Alain Noel, il était plus grand que moi et au Port on était deux à partir et heureusement qu’il était là.

Ton pire souvenir ?
Mon pire souvenir reste les blessures. Il y a souvent eu des hauts et des bas dans ma carrière et à chaque fois ça a été difficile de reprendre, difficile de revenir au niveau, ça c’est le pire de ma carrière.

As-tu des regrets ?
Des regrets, non. Quand je suis parti d’ici à la base, je ne savais même pas ou j’allais. Et quand je regarde tout ce que j’ai fait, franchement, je n’aurais pas pensé faire tout ça ! Sinon sur la carrière en elle-même, c’est vrai que le regret est de ne pas avoir fait de médaille aux JO.

Ton corps a-t-il gardé quelques séquelles physiques ?
Oui.

Peux-tu nous parler de tes expériences olympiques ?
C’est une grosse attente les JO ! Une fois qu’on est rentré en EDF quand on a le niveau pour aller aux championnats du monde, JO. Dans la carrière d’un sportif c’est le but ultime de faire les Jeux Olympiques et d’aller chercher une médaille. Comme aujourd’hui je suis entraineur, je sais comment préparer un gymnaste pour les compétitions. Réellement, ça ne m’a pas apporté grand-chose puisque quand on est dedans on vit cette aventure là et c’est une joie, c’est dure, c’est stressant.

Comment était les deux villages olympiques ?
Ce sont des immeubles (Rires) ! Plus sérieusement, le 1er en 1992 à Barcelone était impressionnant. C’étaient mes premiers Jeux Olympiques donc je découvrais tout ça. Quand on est à l’intérieur, il y a des spectacles et on rencontre pleins de sportifs qu’on voit à la télé. Celui de 1996 à Atlanta était super. Il y avait tout ce qu’il faut pour mettre un sportif dans les meilleures conditions pour le reste de la compétition.

Dans quel état te sentais-tu sur les plateaux des JO ?
C’est le même stress, la même envie de gagner, de bien faire et s’il y a réussite au bout c’est tant mieux. Bon moi il n’y a pas eu la réussite espérée mais bon… On a surtout l’envie de ne pas rater.

Comment gérais-tu ton stress ?
L’avant compétition, quand on est en préparation, on ne stresse pas trop, on continue ses entraînements, on répète et on répète pour bien faire. Quand on arrive sur les lieux, la pression commence à monter un petit peu. On gère le stress avec des séances de relaxations, ou alors dans la chambre, ou bien encore en revisitant les mouvements dans la tête, en essayant de ne pas se mettre plus de pression.

Comment as-tu vécu ta 4ème place aux arçons ?
(Rires…) Sur le coup, j’étais déçu c’est clair, il n’y a pas d’autres mots. J’étais très près alors je suis sorti de là vraiment déçu. On ne peut pas dire que j’étais content ! Avec du recul, je ne suis plus déçu, je n’ai aucun regret par rapport à avoir raté la médaille, c’était une étape, et je n’ai pas réussi à le faire. On pense plus aux bons souvenirs des compétions qu’on réussit.

Comment as-tu réagi lorsque ton frère Éric a aussi réalisé son rêve olympique ?
J’étais très heureux pour lui ! Il est aussi venu très jeune à Antibes et franchement j’étais heureux pour lui !

Deux réunionnais aux JO de 1996, qu’est-ce que ça fait ?
Quand on est dedans, on ne pense pas qu’on est Réunionnais. On fait partie de l’équipe de France et on se bat pour faire le meilleur possible.

Qu’est-ce que la gymnastique t’a apporté ?
Ça m’a apporté une belle vie, une rigueur, un savoir-vivre. Ça m’a aussi appris à ne pas avoir la tête qui part dans tous les sens, une exigence de vie. Et puis la gym m’a aussi permis de me forger un caractère qui me permet de ne pas abandonner dès qu’il y a un problème.

As-tu gardé des contacts avec tes anciens coéquipiers de l’équipe de France ?
Oui avec certains, on se parle souvent sur Facebook, on s’envoie des messages, et quand on se voit, on est content de se revoir.

Aurais-tu voulu devenir entraîneur de l’équipe de France ?
Je n’y avais jamais pensé. C’est vrai, ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Mon but est de former, d’entraîner, de donner le meilleur possible aux gyms que j’entraîne et de les former au mieux.

Quel regard portes-tu sur les gymnastes d’aujourd’hui ? Quelles sont leurs forces selon toi ?
Là je ne sais pas (Rires). La gym reste de la gym que ce soit mon époque ou maintenant. Pour faire de la gym, il faut du caractère, il faut de l’envie, il faut aimer la gym. Même les jeunes d’aujourd’hui doivent l’avoir. La gym est une passion. Si les jeunes n’ont pas la passion pour le faire, je pense que ce sera très difficile pour eux.

Aujourd’hui, comment décrirais-tu ta vie ? Qu’est-ce qui te rend épanoui ?
Ce qui me rendrait épanoui, c’est de continuer à entraîner sereinement et pleinement dans le club le plus longtemps possible. Dans ma vie d’entraîneur, j’ai eu des hauts et des bas avec des dirigeants et la gym m’a permis de surmonter tout ça et de continuer à vivre ma passion et surtout de continuer à ne pas baisser les bras quand on tombe sur des personnes qui ne comprennent pas la gym…

Propos recueillis par Mary-Lou

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