Oréane Lechenault, l’idole des jeunes tire sa révérence

Après une carrière riche et bien remplie, Oréane Lechenault a mis un terme à sa carrière au début du mois d’avril. Gymnaste talentueuse au grand nombre d’abonnés, elle a marqué toute une génération. Par son talent, son histoire et sa personnalité. Véritable idole des jeunes, elle s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire, laissant derrière elle plein de souvenirs…

Oréane Lechenault est incontestablement la gymnaste des années 2000 qui a marqué le monde de la gymnastique artistique. Fortement suivie sur les réseaux sociaux, de nombreuses fans de gyms se sont identifiées à elle. Idolâtrée, les jeunes gymnastes voulaient lui ressembler. Alors lorsque la nouvelle est tombée en ce jour du 2 avril, beaucoup ont reçu un véritable coup de massue sur la tête. Pourtant, l’annonce de sa retraite gymnique était loin d’être une surprise. En effet, depuis les Jeux Olympiques de Rio, en août 2016, Oréane était sortie des radars de l’équipe de France. La faute à une succession de blessures qui auront finalement accéléré le rangement des maniques et l’annonce de cette retraite prématurée.

Oréane a débuté la gymnastique à l’âge de 7 ans, au club de l’Ancienne Paris. Elle n’est qu’en CP mais a déjà des rêves plein la tête. Particulièrement douée, elle intègre le groupe de poussines entraîné par Morgane, sa première coach. « Dès sa première année de compétition, sur la saison 2008-2009, Oréane a terminé 2eme en individuelle. L’année suivante, elle termine 1ère en équipe et en individuelle » , se souvient Morgane qui a tout de suite détecté en Oréane un énorme potentiel. « Oréane avait la morphologie de la gymnaste. Petite, musclée, souple, tonique et coordonnée, elle avait tout ! Et dès le début, elle était extrêmement persévérante. Tant qu’elle n’arrivait pas à faire quelque chose, elle ne lâchait rien jusqu’à y arriver. C’était vraiment une de ses forces. »

La persévérance, cette qualité qui ne la quittera jamais. Une qualité qui la définira même tout au long de sa carrière. Car malgré les coups durs, Oréane n’a jamais baissé les bras. Même quand presque plus personne ne croyait en elle. Petite déjà, la gymnaste aux yeux verts ne lâchait rien. « Je me souviens, Oréane était en CP et elle nous disait qu’elle voulait aller aux JO ! Elle était très sérieuse en plus, ce n’était pas des paroles en l’air » , lance Morgane. « Et dix ans après, elle était aux Jeux ! On se prend une grosse claque à ce moment-là. C’est une telle fierté pour notre club. »

Mais avant les Jeux Olympiques de Rio, la route a été sinueuse… Oréane a toujours eu du mal à gérer son stress. « En compétition, c’était Speedy Gonzales » , sourit Morgane. « Sur la poutre, il fallait qu’elle aille le plus vite possible. Au sol, c’était un TGV ! Elle allait super vite. Mais tout cela était dû au stress. »

Si en compétition, Oréane allait vite, à l’entraînement, elle prenait son temps. Elle n’était pas lente non, elle était perfectionniste. « Oréane a toujours eu ce côté fofolle, avec beaucoup de punch. Ses coéquipières l’ont toujours appréciée d’ailleurs. Elle est rigolote, toujours de bonne humeur, mais lorsqu’il fallait travailler et s’entraîner, elle était toujours extrêmement sérieuse. Très concentrée. Elle a toujours su faire la part des choses » , éclaire l’entraîneur.

Une concentration, une persévérance et des capacités qui l’amenèrent loin. Mais pour atteindre son rêve olympique, il lui fallait changer de club. « Oréane avait un énorme potentiel, elle était le maillon fort de l’équipe. Elle progressait beaucoup plus vite que les autres et n’avait peur de rien. En deuxième année de poussine, elle faisait déjà équi sur la barre. C’était génial. Elle s’éclatait et nous aussi, en tant qu’entraîneurs, nous nous éclations à l’entraîner. Elle avait toujours envie de faire plus. Mais en terme de matériel, d’infrastructures, nous ne pouvions pas lui offrir tout ce dont elle aurait eu besoin pour pouvoir atteindre le haut-niveau » , confie Morgane qui décida donc de lui faire passer des tests pour qu’elle intègre un club voisin, le club d’En avant Paris, avant d’intégrer le Pôle de Créteil. Une grande étape de sa carrière. « Quand Oréane a vu pour la première fois la salle d’entraînement de Créteil, elle avait des étoiles dans les yeux. Je me souviendrai toujours de cette image » , évoque, comme si c’était hier, sa maman Déborah. Mais la période Créteil ne fut pas de tout repos…

Entre l’école, les trajets en métro et ses 18 heures d’entraînement par semaine, ses journées étaient extrêmement chargées. « Elle partait à 6h le matin et ne rentrait qu’à 21h le soir » , se souvient Déborah. « Et pour nous, en tant que parents, ça devenait de plus en plus difficile à gérer. D’autant plus qu’Oré a 2 soeurs donc nous devions aussi nous dégager du temps pour ses 2 soeurs. » Il fallait donc trouver une solution. Oréane a alors la possibilité de passer des tests de sélection pour intégrer le Pôle de Toulon. Elle a 11 ans et s’apprête à faire son entrée en Sixième. Toulon, Paris ! Deux villes géographiquement éloignées. Partir ? Ou rester ? Que faire ? Ses parents lui expliquent alors que si elle veut partir, ils étaient d’accord et qu’ils la soutiendraient dans ses choix. Mais ils lui expliquèrent également que si elle décidait de ne pas partir à Toulon, elle ne pourrait plus continuer à s’entraîner à Créteil, les allers-retours étant devenus trop compliqués. « Sur le coup, Oréane ne savait pas si elle était prête à partir à l’autre bout de la France. A 11 ans, vous vous imaginez à quel point prendre ce type de décision est compliquée ? Mais il fallait qu’elle rentre dans une structure adaptée, livre Déborah. Son rythme de vie devenait trop fatigant. Pour elle et pour nous aussi. »

Le lendemain de cette discussion familiale, la décision était prise. Oréane était sûre d’elle, elle voulait aller passer les tests pour Toulon. Des tests qui se révéleront concluants. Le début d’une nouvelle vie. D’une nouvelle aventure. A 11 ans, elle quitte le domicile familial et part vivre dans une famille d’accueil, à 1 000 kilomètres de chez elle. Loin de tout repère. Nous sommes en juillet 2011. « On a ensuite rapidement fait le choix de partir la rejoindre » , explique Déborah. « J’ai eu une opportunité professionnelle dans le sud, donc nous nous sommes dit que c’était une occasion à saisir. » Six mois après l’entrée d’Oréane au Pôle, sa famille déménageait donc dans le sud. « Oréane devait tout de même restée dans sa famille d’accueil car elle était sur Toulon et nous, nous avions emménagé du côté d’Aix-en-Provence, donc à plus de 100 kilomètres. Par contre, on pouvait se voir tous les week-end et nous avions beaucoup plus de temps pour nous voir. » Et en 2014, soit trois ans et demi après l’entrée d’Oréane à Toulon, la famille Lechenault s’installait dans le Var.

Ses années au pôle de Toulon furent les plus belles. Les années de la consécration. Les années qui lui auront permis d’atteindre son objectif et de réaliser son rêve : participer aux Jeux Olympiques de Rio, alors qu’elle n’a que 15 ans. « La carrière d’Oréane a démarré très vite à Toulon, se souvient Céline Boucharin, son ancienne entraîneur au pôle. Puis sa progression a toujours été constante. » Pourtant, malgré des débuts très prometteurs, Oréane a dû faire face à une petite traversée du désert… « Elle a eu beaucoup de mal à gérer son stress en compétition et c’est devenu très handicapant » , explique Céline Boucharin. « C’était malheureusement clairement son point faible, ce qui a entraîné pas mal d’échecs en compétition et en tests. »

Une mauvaise gestion du stress qui la priva de nombreuses sélections. « Avec le stress, Oréane multipliait sa vitesse d’exécution, ce qui entraînait des erreurs. » Une vitesse d’exécution en cas de pression qui rappelle ses débuts évoqués par Morgane, sa coach à l’Ancienne de Paris… Alors Céline Boucharin prit le taureau par les cornes. Oréane n’étant plus sélectionnée en équipe de France, la technicienne prit le temps de travailler sur cette gestion de la pression compétitive. « À l’époque, peu de personnes y croyaient. Mais moi, j’y ai toujours cru » , précise-t-elle avant d’ajouter : « J’avais suivi une formation à Bourges, un colloque sur les relations entraîneurs/entraînés. Et il y a une phrase notamment qui m’avait marquée. Cette phrase disait « il ne suffit que d’une seule croyance pour réussir’. Moi je croyais en Oréane alors je lui ai dit : ‘moi je crois en toi, alors vas-y fonce ! Mets-toi dans ta bulle et vas-y ! Tu n’es plus sélectionnée en équipe de France donc on va se préparer tranquillement, multiplier les compétitions jusqu’à ce que ça le fasse‘ ».

Un long travail dans l’ombre a alors débuté. Oréane et Céline Boucharin ont multiplié les compétitions sous les couleurs du Pôle de Toulon. « Pour qu’elle puisse s’améliorer en compète, il fallait qu’elle fasse des compètes. C’était la seule solution ! C’est donc ce que nous avons fait tout au long de la saison 2014-2015« .

Petit à petit, Oréane apprend à mieux gérer son stress. Elle prend confiance en elle et parvient à reproduire en compétition ce qu’elle faisait à l’entraînement. Son talent pouvait enfin être reconnu à sa juste valeur. « Sans Eric et Céline Boucharin, Oréane n’aurait pas eu cette carrière » , lance Déborah Lechenault. « En 2015, elle a commencé à être mise à l’écart par la Fédération à cause de son stress qui l’empêchait de se démarquer lors des tests. Elle est alors sortie de tous les radars et une grosse période de doute a débuté. » Un moment difficile pour tout le clan Lechenault. « On ne sait pas quoi faire à ce moment-là. On est impuissant. Mais Céline m’a dit de continuer à croire en Oréane et de lui faire confiance… Et fin 2015, tout s’est accéléré. Le Top Gym, sa médaille au Massilia et là, c’était parti ! Le Test Event, les championnats d’Europe et les Jeux Olympiques« . La machine était lancée…

Au Test Event, compétition qualificative pour les Jeux Olympiques de Rio qui s’est déroulée en avril 2016, Oréane avait initialement été sélectionnée en tant que remplaçante. Mais suite à la blessure au pied de Camille Bahl, la pensionnaire du pôle de Toulon rentra en tant que titulaire. « Oréane était la dernière à passer aux barres, le dernier agrès. Si elle réussissait, la France se qualifiait, si elle ratait, la France ne se qualifiait pas » , explique Déborah Lechenault. L’agrès de la dernière chance donc. Dernière à s’élancer, elle ne devait donc pas se manquer. Elle qui, un an plus tôt, multipliait les contre-performance à cause de ce stress négatif qu’elle peinait à gérer et qui l’empêchait de briller lors d’étapes clés et de réaliser ce qu’elle réalisait pourtant parfaitement à l’entraînement. Mais tout le travail réalisé par ses entraîneurs toulonnais, toutes les sorties internationales réalisées sous les couleurs du Pôle de Toulon et toute cette préparation mentale réalisée dans l’ombre durant un an, se révéleront payants en ce jour d’avril si particulier. Oréane pouvait enfin montrer tout son talent sur la scène internationale. Car à Rio, la benjamine de l’équipe de France n’a pas tremblé. Et malgré l’enjeu, le stress, elle déroule son mouvement jusqu’à la sortie ce qui permit à l’équipe de France de récolter de précieux points. Ces précieux points qui se révéleront décisifs dans la qualification olympique.

« Ce mouvement de barres au Test Event a eu beaucoup d’incidence sur le reste de la carrière d’Oréane » , ose sa maman. « Si elle avait raté, elle n’aurait plus rien fait derrière. Elle n’aurait pas été qualifiée pour les championnats d’Europe, n’aurait pas fait les Jeux. » Quelques semaines après le Test Event, Oréane était sélectionnée pour les championnats d’Europe où elle décrocha une médaille de bronze au concours par équipes aux côtés de Marine Boyer, Marine Brevet, Alison Lepin et Loan His. Malgré ce nouveau bon résultat, les jeux n’étaient pas encore faits pour Rio. « Après les championnats d’Europe de Bern, la sélection olympique était loin d’être gagnée pour Oréane. Elle a dû se battre jusqu’à la fin » , éclaire la maman. En effet, à l’époque, un système de points avait été mis en place et Oréane ayant fait peu de compétitions en équipe de France les mois qui ont précédé le Test Event, elle devait encore faire ses preuves aux championnats de France élite. « On a eu peur jusqu’à la dernière minute » , se souvient Céline Boucharin. « La compétition a été éprouvante, l’échauffement avait été très compliqué mais Oréane a ensuite su gérer pour aller chercher sa sélection olympique. »

Les France réussis, les portes des Jeux Olympiques de Rio s’étaient donc ouvertes pour Oréane. Cette compétition qu’elle convoitait tant depuis ses débuts. Un rêve qui devenait enfin réalité. « Oré a eu la chance d’avoir une super belle carrière » , sourit fièrement sa maman. « La seule compétition qu’elle n’a pas faite sont les championnats du monde mais sinon elle a tout fait ! Les championnats d’Europe, le Test Event, les Jeux Olympiques, on ne pouvait rêver mieux. Nous sommes tellement fiers de tout le chemin parcouru. De tout ce qu’elle a réalisé. »

À Rio, en août 2016, Oréane était la plus jeune Française engagée, toutes disciplines confondues. La plus jeune mais aussi la plus légère et la plus petite. Des caractéristiques qui lui ont valu de se retrouver en Une du journal L’équipe. À Rio, elle marqua également les esprits grâce à sa chorégraphie au sol. « C’était un grand moment d’émotion le sol. Je suivais la compétition depuis les tribunes car je n’avais pas le droit d’être sur le plateau, et tout le public l’applaudissait. Cette chorégraphie était un gros pari en plus » , confie Céline Boucharin. Un pari gagné donc puisqu’elle entra dans les annales ! « C’était un grand moment d’émotion. » À la poutre, Oréane se surpassa également. « Ça a été la plus belle poutre qu’Oréane a pu faire en compétition. Sortir cette poutre aux Jeux Olympiques, c’était un merveilleux cadeau ! Surtout que je savais qu’après cette compétition, je ne l’entraînerais plus. »

Oui, car l’aventure toulonnaise allait s’arrêter…  avec la fermeture définitive du pôle espoir de Toulon. Une fermeture qui envoya Oréane vers d’autres horizons avec un retour en Ile-de-France… cette région qu’elle avait quitté quelques années plus tôt. Cette région que ses parents avaient également quitté pour la rejoindre dans le sud.

Mais l’euphorie des Jeux laissa place à une sorte de descente aux enfers… avec des blessures qui se sont accumulées. Sans jamais la laisser tranquille. Une spirale infernale dont Oréane n’aura jamais réussi à se défaire. Lessivée, brassée, Oréane subissait mais ne baissait jamais les bras. Gardant toujours cet espoir de revenir sur le devant de la scène. De réintégrer le collectif France pour disputer les seconds Jeux Olympiques de sa carrière : ceux de Tokyo. Mais rien ne se passera comme espéré… Puisque la gymnaste tirera finalement sa révérence avant.

En septembre 2016, un mois après sa merveilleuse expérience brésilienne, Oréane doit apprendre à se familiariser avec ce nouveau centre d’entraînement qui fut désormais le sien. Nouvelle vie, nouveaux entraîneurs, tout était nouveau. Un gros décalage entre ce qu’elle avait pu connaître à Toulon, où tout était cadré. Quadrillé. Mais malgré toutes ses nouveautés, elle parvient à s’acclimater très vite à son nouveau quotidien. « J’ai passé de très belles années à l’INSEP, confie-t-elle d’ailleurs. J’y ai fait des très belles rencontres. » Mais son quotidien à la salle d’entraînement fut plus compliqué avec des blessures qui se multiplièrent. En 2017, elle se fait mal au coude. Malgré cette blessure, elle prend tout de même la deuxième place au saut lors des championnats de France élite. Quelques mois plus tard, elle se blesse à la cheville lors d’un test de sélection à Saint-Etienne. Le début de la fin… Quelques mois plus tard, c’est l’autre cheville qui trinque lors d’un match Top 12 avec son club de Rouen. Puis le dos. Une blessure qui nécessitera 3 mois d’arrêt. Les portes de l’équipe de France se fermèrent de plus en plus. Oréane n’était plus appelée pour disputer les tests de sélection et malgré une motivation et une persévérance déconcertante, elle ne parviendra plus à se relever. A chaque fois qu’elle se relevait, elle retombait. « Chaque fois qu’elle revenait, elle se reblessait » , regrette sa maman. « Pour nous, les 4 ans passées à l’INSEP ont été une vraie déception. 4 ans de blessures, 4 ans où elle n’a plus rien fait. Et on assistait à tout ça impuissant. Si c’était à refaire, on aimerait que les choses se passent autrement mais on ne peut pas réécrire l’histoire. »

Alors face à ces blessures qui n’en finissaient plus, ses parents ont commencé à lui parler de l’après. « Nous voulions qu’elle commence à prendre conscience qu’il serait peut-être temps de penser à son avenir professionnel » , éclaire sa maman. Oréane était sortie des radars, et une sélection pour les Jeux Olympiques de Tokyo devenait utopique. Petit à petit, elle a donc commencé à réfléchir à sa reconversion. À penser à sa retraite gymnique. Jusqu’à ce jour où elle s’est sentie prête à prendre cette décision si difficile à prendre. Jusqu’à ce jour où l’annonce de son arrêt devient officielle. « Sur le moment, c’était dur » , confie toutefois Oréane. « Car y penser c’est une chose mais quand tout devient officiel, c’est différent. Même quand cette décision est réfléchie, quand tout devient concret, il faut prendre le temps d’encaisser. Les deux jours qui ont suivi l’annonce de mon arrêt, je dois d’ailleurs avouer que je ne me sentais pas très bien. Mais maintenant, tout va bien. Je me suis faite à l’idée et je suis prête pour ma nouvelle vie ! »

Sa maman aussi a pris le temps d’encaisser le coup. Et les émotions, contradictoires, se sont succédées quelques jours.  « En tant que maman, je suis soulagée qu’elle arrête car les choses étaient devenues très compliquées. Mais c’est aussi une sensation bizarre car c’est une page de sa vie qui se tourne. Une page de notre vie à tous. Pour elle mais pour nous aussi en tant que parents. Oré a vécu plein de belles choses, a fait des rencontres qui lui ont permis d’avoir cette carrière mais il ne faut pas non plus oublier tous les sacrifices qui ont été faits. » Mais désormais tout ceci appartient au passé. Au passé d’Oréane mais également au passé de son père, Michel, de sa mère, Deborah, et de ses soeurs, Enola et Alana.

Dès son arrêt officialisé, les messages de soutien ont afflué. « On savait qu’Oréane avait beaucoup de fans mais on ne s’attendait pas à recevoir autant de messages » , lance, une pointe d’émotions dans la voix, Déborah. « Elle a reçu énormément de messages particulièrement émouvants. Des messages de jeunes filles mais aussi des messages de mamans. Certains messages m’ont donné les larmes aux yeux. On ne s’attendait pas à tout ça. On ne s’attendait pas à lire autant de choses si émouvantes. Si gentilles. »

Oréane, cette gymnaste tant adulée. Tant aimée. Idolâtrée. Dont les vidéos postées sur YouTube étaient vues par des milliers de personnes. « A la base, nous postions les vidéos sur Internet afin de permettre à toute la famille, grands-parents, oncles, tantes, cousins, cousines, de suivre son parcours » , précise Déborah. « Et on s’est rapidement rendu compte que ses vidéos étaient suivies par plein de jeunes gymnastes qui se sont très vite identifiées à elle. »

Parmi ses fans, l’une d’entre-elles s’est montrée particulièrement fidèle : Margaux, dit Margaux Chouquette. « Ayant également été gymnaste, j’ai découvert Oréane grâce à ses vidéos sur YouTube lorsqu’elle était à l’US Créteil. J’ai trouvé qu’elle était vraiment douée pour son jeune âge et qu’elle avait du potentiel » , livre-t-elle. « J’ai alors commencé à réaliser mes premiers montages sur elle, que j’ai partagé sur une chaîne YouTube (Margaux Chouquette). Suite à cela, sa maman m’a contacté pour me demander si mon tout premier montage pouvait être partagé sur son site de gymnastique, j’étais honorée par ce geste ! Au fil des années, j’en réalisais de plus en plus, en variant les thèmes avec créativité, c’est vraiment un terrain de jeu ! »

En plus des montages, Margaux la suivait également sur les compétitions.De près ou de loin. « Je garde de très beaux souvenirs des compétitions où je me suis rendue afin de la soutenir entre 2014 et 2017 ! Je me souviens du Test Event en avril 2016 où je suis restée éveillée la nuit pour suivre la compétition et j’étais émue quand j’ai su que son mouvement de barres avait permis la qualification de la France aux Jeux Olympiques ! » Ce que Margaux retient également d’Oréane, c’est sa persévérance. Sa force de caractère. « Malgré quelques épreuves, elle n’a rien lâché en gardant son rêve olympique dans la tête et je l’admire pour sa persévérance, car elle a prouvé que lorsque l’on veut, rien n’est impossible ! » Alors après 7 ans de montages, Margaux a tenu également à lui dire Aurevoir par le biais d’un ultime montage qui a retracé la carrière de la jeune gymnaste. « C’est avec beaucoup d’émotions que j’en ai réalisé un qui résume son remarquable parcours, dont elle peut être fière ! C’était un plaisir pour moi de suivre ses progrès et comme pas mal de personnes, j’ai eu un petit pincement au cœur, mais je sais que c’est entre autre pour qu’elle puisse se consacrer à de nouveaux projets, que je lui souhaite de réussir. »

Des nouveaux projets plein la tête, Oréane, loin désormais de la frêle petite jeune fille qui pesait à peine 40 kilos, pour un tout petit mètre 44, est prête à réaliser ses nouveaux objectifs. Elle est devenue une jeune femme. Toujours aussi belle, avec ses grands yeux bleus et son grain de beauté à la Cindy Crawford. Prête à construire sa nouvelle vie et à entamer ses études supérieures afin de devenir éducatrice spécialisée. « J’ai passé des entretiens téléphoniques et j’attends les résultats » , explique-t-elle. « J’aimerais bien être prise sur Nice mais je verrai. Je ne préfère pas faire de plan sur la comète. »

Une nouvelle page de vie qu’Oréane s’apprête donc à ouvrir. Un nouveau tournant qu’elle appréhende quelque peu. « Ce sera tout nouveau pour moi » , sourit-elle. « À l’INSEP, j’étais dans une zone de confort. Je mangeais à la cantine, j’avais mes copines à 2 chambres de moi, j’avais peu d’heures de cours. Là je ne connaîtrais personne, j’aurai mon appartement, j’aurai beaucoup plus d’heures de cours, beaucoup de choses vont changer. Mais je suis prête. »

Quant à sa carrière, Oréane la regarde avec des étoiles plein les yeux. Les coups durs font partie de son histoire mais elle ne retient que le positif. « J’ai vécu tellement de belles choses. Et malgré les blessures, je me suis toujours donnée à fond, à 100%. La gym, c’est un sport qu’on a dans la peau mais il était temps pour moi de passer à autre chose. Je suis soulagée maintenant. Je n’ai plus besoin de prouver ce que je vaux, je n’ai plus cette appréhension de décevoir les gens qui me suivent. Moralement, ces dernières années n’ont pas été évidentes » , regrette-t-elle. « Mais quand je regarde en arrière, quand je regarde tout ce que j’ai accompli, je me dis Waouh quoi ! Je reste bouche bée. Porter le maillot de l’équipe de France est quelque chose d’énorme. Je n’ai aucun regret. » Une carrière bien remplie, des objectifs atteints, un rêve réalisé, la boucle est bouclée et Oréane Lechenault peut partir la tête haute.

Et comme dit Céline Boucharin, l’une de celle qui n’aura jamais cessé de croire en Oréane et qui l’aura élevée vers le meilleur, « Oréane a eu une très belle carrière, entrecoupée de difficultés mais elle s’en est toujours relevée. Je suis très fière d’elle et elle peut être très fière d’elle. Je sais qu’elle aspirait à autre chose, qu’elle espérait disputer les Jeux de Tokyo mais il faut qu’elle ne garde que les moments magiques de sa carrière. Je lui souhaite le meilleur dans sa nouvelle vie, qu’elle se serve de tout ce que la gym a pu lui apprendre durant toutes ses années et surtout qu’elle garde ses valeurs. Avec Loan (His), elle a été ma plus belle richesse. Ma plus belle expérience. »

Un petit diamant poli année après année. Une petite chrysalide qui peut désormais prendre son envol pour une nouvelle aventure… et s’affirmer en tant que femme persévérante, travailleuse et passionnée.

Charlotte Laroche 

 

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