Nadia Massé : « J’écoute mon instinct, mon coeur, mon feeling »

[LE DOSSIER DU MOIS DE MAI] Ils évoluent dans l’ombre et pourtant sont ceux qui sont au plus proche des gymnastes. Au quotidien, ils partagent leur joie, leur peine, leur difficulté, leur réussite. Eux, ce sont les entraîneurs. Certains, par leur charisme, leur manière d’être ou leur approche, séduisent, fascinent, interpellent. Dans le cadre du dossier du mois de mai, j’ai décidé de mettre en avant l’un d’entre-eux. Entraîneur au Pôle de Dijon, Nadia Massé fait partie de ces entraîneurs charismatiques. Aujourd’hui, elle nous parle de son parcours, de son métier et de sa manière de voir les choses. Le tout avec passion et sans langue de bois. Un discours qui colle parfaitement avec ce qu’elle dégage sur les plateaux de compétition : une coach bienveillante, proche de ses gyms et surtout qui ne triche pas. Rencontre.

Gym and News : Nadia, pouvez- vous revenir sur votre parcours d’entraîneur jusqu’à votre arrivée au Pôle de Dijon ?
Nadia Massé : Difficile de faire quelques lignes pour résumer 25 ans de ma vie (Rires). J’ai commencé très tôt à entraîner bénévolement à l’Elan Gymnique de Blagnac où je m’entraînais. Ma première génération était constituée de gymnastes nées en 87/88, au côté de mon entraîneur Valéry Guilhem. C’est à elle que je dois ce goût de la rigueur. J’ai passé tous mes diplômes fédéraux de l’animateur à l’entraîneur fédéral. Etudiante en économie, j’entraînais au club des Go Elan d’Auzeville (près de Toulouse) à mes heures perdues. J’ai eu mon premier poste en 1998 à L’Elan Gymnique de Blagnac. J’ai passé mes diplômes d’Etat, grâce au dispositif emploi jeune. J’ai eu la chance de faire ma partie spécifique BEES  2 au Pôle de Marseille. D’ailleurs mon rêve était d’entraîner au pôle de Marseille !!! En 2007, pour des raisons personnelles, j’ai déménagé sur Villenave d’Ornon (à côté de Bordeaux). Pendant une saison, j’ai complètement arrêté ma carrière d’entraîneur. Je travaillais en tant qu’assistante d’éducation dans un collège.  Face à un public SEGPA, cette année transitoire m’a permis de me poser beaucoup de questions sur l’approche des apprentissages et des différents publics. Elle m’a poussée à aller chercher les qualités de chacun et à les exploiter, cela a été un déclic personnel. J’ai ensuite été sollicitée pour un mi-temps au club de Villenave d’Ornon que j’ai accepté.  Mr Dabrin, président du club, ainsi que toute l’équipe administrative, avaient un goût pour la gym de haut niveau et la performance. Sans eux rien n’aurait été possible. J’ai  eu la chance de croiser des gymnastes de grand talent. J’ai avancé et progressé en même temps qu’elles. Au bout de cinq saisons de travail, d’investissement surdimensionné, un titre de vice-championne de France en DN1  seulement avec des gymnastes du club est  venu récompenser tout cet engagement. Ce titre les a amenées à une qualification en TOP 12, seule équipe sans étrangères et sans gymnastes de pôle. Un exploit (Rires) !!! L’exploit qui m’a permis de mettre la lumière sur mon désir d’intégrer une structure de haut-niveau.

Quelle est selon vous la principale qualité qu’une gym doit avoir pour pouvoir atteindre le haut-niveau ?
Je suis tellement convaincue que chaque individu est différent qu’il n’y aurait pas une réponse mais des multitudes de réponses. Je crois à une bonne alchimie des qualités physiques et mentales. Ce que je définis comme le talent. Je pense  toute de même que si je devais définir la qualité principale, commune à toutes les championnes, c’est la détermination. En sachant que le but n’est pas d’atteindre le haut-niveau mais d’y réussir. Et c’est pour moi une grande différence.

Nadia Massé par Maryne
Nadia Massé vit la compétition avec autant de passion que ses gyms.

Quels défauts peuvent être corrigés pour pouvoir atteindre le haut-niveau ?
De manière empirique, j’ai plus souvent réussi à rendre plus souple des gymnastes qu’à les rendre explosive.  Mais souvent les gymnastes souples sont plus coordonnées. Par contre j’ai bien compris que la vitesse était  difficile voire même impossible à développer en tout cas au niveau nécessaire pour la grande acrobatie. Le mieux c’est qu’elles n’aient  pas de défauts  à corriger (Rires). Et il y en a partout en France.

J’essaie simplement d’être au service de leur carrière. Je veux être, pour chacune d’entre-elles, un point d’appui

Quels rôles jouez-vous auprès de vos gyms ? On vous voit très proche des gyms, est-ce important pour vous ?
Je suis proche des gymnastes mais je suis proche de toutes les personnes qui comptent pour moi.  J’aime être à l’écoute. Je pense que bien connaître ses gymnastes est un atout pour la performance. Selon moi, la performance dépasse l’aspect technique. La performance a une grande place dans la dimension de la gestion humaine. J’aime observer les gymnastes et surtout observer le non verbal, leur attitude, leur regard, leurs douleurs qui viennent et qui repartent sans laisser d’adresse. Et c’est en étant proche d’elles que je peux réussir cela. J’essaye d’être là pour elles, pour les guider et leur donner tous les moyens pour réussir à atteindre leur rêve. C’est une lourde responsabilité que de se voir confier un rêve et de faire d’un projet personnel un projet collectif. J’essaie d’honorer cette confiance. Chaque jour j’essaie de leur donner le meilleur de moi-même et d’être à l’écoute de leurs besoins. J’ai toujours eu une vision négative du haut-niveau. Je voyais plus des gymnastes au service des carrières des entraîneurs. J’essaie simplement d’être au service de leur carrière. Je veux être, pour chacune d’entre-elles, un point d’appui. C’est important pour moi d’être là pour elles.

Quels grands souvenirs gardez-vous en tant que coach ?
Ma première Coupe de France  avec Villenave d’Ornon. Nous recevions St Etienne, Avoine et Dunkerque, autant dire que nos chances étaient assez minces, mais nous avons gagné. C’était extraordinaire à vivre. Et bien évidement les Championnats d’Europe, l’ambiance, la rigueur, la pression. J’ai vraiment adoré tout ça. Je garde un super souvenir avec Morgane sur le concours général : un véritable challenge. Lorette, est une grande championne et  être à ses côtés lors de ces deux finales reste un souvenir indélébile. Inoubliable finale au sol d’Alisson, j’entends encore le public frappant dans les mains, c’était magique.  Sans compétition je ne ferai  pas ce métier, c’est comme une drogue !

Lorette et nadia
Lorette Charpy et Nadia Massé aux championnats d’Europe de Bern, en 2016.

Comment vous définiriez-vous en tant qu’entraîneur ? Quelle qualité selon vous doit avoir un entraîneur de gym ?
Je me sens simplement entière et naturelle. Je ne fais jamais semblant à l’entraînement. Je suis parfois heureuse, et parfois triste, fière mais quelques fois déçue, joyeuse ou en colère  Je n’essaie jamais de donner une image  parfaite et le regard des autres m’importe peu. Je suis un entraîneur de terrain et non de théorie. J’écoute mon instinct, mon cœur, mon feeling. Je suis une grande travailleuse. Je me définis comme un entraîneur très professionnel sans avoir l’impression d’aller au travail. Dévouée et loyale envers les gymnastes. Je suis exigeante autant envers moi même qu’envers les gymnastes. Mon plus gros défaut est surement  l’impatience. Parfois je suis rigide sur les principes d’éducation et le savoir vivre mais je pense être juste avec chacune d’entre elles.

Selon vous, que pensent vos gyms de vous ? Comment pourraient-elles vous définir ?
C’est assez difficile comme question. Je pense qu’elles me perçoivent comme une personne investie, qui ne baisse jamais les bras, à qui rien ne fait peur. Travailleuse, aimante, passionnée, bienveillante, créative, qui ne prend pas assez de temps pour elle, qui aime la compétition, mais aussi impatiente, et surtout ce qui les agace c’est que je suis douée pour ne jamais finir mes phrases (Rires). Je  me suis permise (après avoir répondu) de les solliciter et je pense avoir répondu assez correctement à la question.

Quelle est votre méthode pour faire descendre le stress chez vos gyms en compète ?
Vous voulez que je vous délivre mes secrets (Rires). Je n’ai pas une méthode, encore moins qu’une seule, rien n’est écrit, et selon les gymnastes cela diffère tellement. La meilleure réponse serait d’être à son écoute et d’identifier son stress. Il existe le stress de rater, le stress de décevoir, le stress de mal faire, le stress d’un élément, le stress de gagner ! A chaque situation il y a LA méthode du moment sans savoir si c’est la bonne. S’il y a avait un livre de recette, et si je l’avais je ne me poserais surement pas autant de questions et être un grand entraîneur serait à la portée de tous. Sauf que comme pour les gymnastes, il y a des entraîneurs talentueux.

Après une chute, quelle est votre méthode pour remobiliser vos gyms ?  
Toujours aller jusqu’au bout, laisser la chute au passé car il est toujours temps de ne pas en faire deux. Il est important de leur apprendre de se battre jusqu’au bout ! #never#give#up#

On parle souvent de vous comme une coach bienveillante, trouvez-vous que ça vous correspond ? Etes-vous également comme ça dans la vraie vie ?
Je pense l’être avec mes gyms, mes amis et ma famille. Même au travers de cet altruisme je me demande s’il n’y pas une forme d’égoïsme car j’éprouve du plaisir à aimer les gens (par contre pas tous, Rires).Quand j’aime, j’aime sans mesure  mais quand je déteste c’est  souvent irréversible, je ne sais pas pardonner la méchanceté. Et je pense que c’est pour cela qu’il n’y a pas de demi-mesure dans l’autre sens. Soit on m’aime soit on me déteste ! J’essaie vraiment d’éduquer les gyms à cette bienveillance collective. On pourrait croire qu’être bienveillant est plus facile. Je dis souvent aux filles qu’il est dix fois plus facile de faire du mal que de faire le bien… Au delà de la gymnastique, cela me tient à cœur qu’elles deviennent de belles personnes. Vous voulez bien vous prêter au jeu ? Pensez à une personne, demandez vous comment lui faire du mal et comment lui faire du bien … Quel est le plus facile ?? « Laissons la haine à ceux qui sont trop faibles pour aimer » M.L.king

Nadia Massé 2
Nadia Massé et Alizée Letrange-Mouakit aux championnats de France de Mulhouse, en 2016.

Comment voyez-vous l’avenir ? Toujours à Dijon ou alors pensez-vous à intégrer un autre pôle ? L’INSEP ?
Question délicate, je ne  me pose pas la question d’un autre pôle aujourd’hui. Je me pose bien d’autres questions, comme est-ce que je suis vraiment faite pour cela ou plutôt pour ce monde. Même si cela a été relativement vite. L’opportunité  d’avoir deux juniors dans le chemin de sélection pour des Europes  a été un vrai challenge. Il a fallu beaucoup de stratégie et de travail ; deux saisons pour  amener Alisson et Morgane aux Europes a été une véritable expérience. J’ai encore beaucoup à apprendre. Les longues carrières se construisent étapes par étapes… C’est comme pour la technique : il faut savoir prendre le temps. Chaque structure a des points forts, des points faibles et des objectifs différents. Ce qui est le plus important pour moi ce n’est pas le lieu, mais la cohérence entre le projet, la vision du haut-niveau et les personnes qui pilotent ce projet. J’aimerais également profiter de cette occasion pour remercier mon mari, mes trois enfants pour leur soutien, Sophie Darrigade qui, sans elle, je ne serais pas là, mon tuteur Eric Hagard, mais aussi mes gymnastes Alisson, Alizée, Chloé, Elena, Eva, Lilou et Morgane et leurs parents pour leur confiance. Bonne fin de saison à tous !

Propos recueillis par Charlotte Laroche pour Gym and News

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