Lorette Charpy : un genou à terre mais jamais vaincue

À quelques mois des Jeux Olympiques de Tokyo, Lorette Charpy s’est blessée au genou lors d’un entraînement à la poutre. Une blessure nécessitant une opération et entraînant son forfait pour les Jeux. Un coup de massue pour la pensionnaire du pôle de Saint-Etienne qui doit renoncer à son rêve. Enfin renoncer, pas totalement…

Déjà 5 ans que Lorette Charpy se projette sur les Jeux Olympiques de Tokyo alors lorsqu’elle sent son genou craquer ce mardi 2 mars sur un flip tendu, forcément elle se dit que ce n’est rien. Il est aux alentours de 11h15 en ce mardi de fin d’hiver. Lorette est en poutre et répète plusieurs complets. « Sur le dernier complet, j’étais désaxée sur mon flip mais j’ai quand même lancé mon tendu décalé. Pour ne pas tomber, j’ai voulu mettre au moins l’orteil sur la poutre mais du coup mon genou est parti vers l’avant et j’ai entendu craquer » , explique-t-elle.

Elle descend donc de la poutre et répète plusieurs fois le geste genou plié / genou tendu. « Ça allait, j’ai même fait un petit peu de cloche-pied, donc je me disais que ce n’était rien de grave » , se souvient-elle. Par mesure de précaution, elle rencontre tout de même immédiatement kiné et médecin. Le premier diagnostic ne permet pas de déterminer la gravité exacte de la blessure, il lui faudra donc passer des examens complémentaires. Mais à ce moment-là, Lorette a envie d’y croire. A envie de croire que sa blessure n’est que passagère, qu’elle va pouvoir continuer à s’entraîner et que sa participation aux Jeux Olympiques n’est pas compromise. Sauf que l’IRM qu’elle passera quelques jours plus tard coupera net ses espoirs. « Lorsque le médecin m’a appelée pour me dire que c’était les croisés, je me suis effondrée » , confie-t-elle.

Deux solutions s’offrent alors à la gymnaste qui a débuté la gymnastique en baby gym à tout juste 18 mois au gymnase municipal de Saint-Vallier. Soit elle décide de ne pas se faire opérer et de poursuivre sa préparation pour les Jeux, risquant d’empirer lourdement sa blessure, soit elle décide de se faire opérer… et de renoncer à Tokyo. « Je vais être honnête, au début je ne voulais pas me faire opérer » , avoue-t-elle. Ses entraîneurs lui conseillent toutefois de passer par la case opération mais Lorette est formelle : elle veut faire les Jeux de Tokyo et ne se fera donc pas opérer.

Une semaine après, un point médical est organisé avec ses entraîneurs du pôle de Saint-Etienne, le médecin du pôle, le médecin fédéral et quelques membres de la Fédération. « Pour eux, il fallait que je me fasse opérer alors j’ai écouté leurs arguments, j’ai pris le temps d’y réfléchir et j’ai finalement accepter de me faire opérer. Par contre, je leur ai dit que je voulais aller vite » , sourit-elle. Lorette la battante, Lorette la passionnée ne voulait pas perdre une seule seconde. Comme à son habitude, elle s’était déjà fixée un nouvel objectif. « À ce moment-là, j’étais déjà projetée sur les championnats du monde de 2021. Au moins les barres. J’ai besoin d’avoir des objectifs concrets pour pouvoir avancer« , sourit la Stéphanoise.

« Dès qu’elle a compris que ce ne sera toujours pas pour cette fois (report lié au COVID en 2020 et cette blessure en 2021), Lorette s’est immédiatement projetée sur 2024″ , ajoute Serena, sa grande soeur. « Elle a même changé son fond d’écran d’ordinateur pour une photo des anneaux olympiques devant la Tour Eiffel. » Car certes elle doit passer son tour pour Tokyo mais elle ne compte pas passer celui pour Paris. D’autant que les Jeux 2024 sont désormais dans 3 ans. Un cycle olympique raccourci d’une année.

Faire les Jeux est un rêve depuis petite. « Je me rappelle qu’après les Jeux de Londres en 2012 le dimanche, j’avais hâte d’être le lendemain pour pouvoir retourner à la gym tellement j’étais motivée« , lance-t-elle joyeusement. Ce fameux lendemain de finale olympique qu’elle avait regardé à la télévision où elle avait d’ailleurs fait une super séance aux barres.

« Les Jeux ont toujours été une obsession pour Lorette » , précise Serena. « Elle adore la gym. Avant d’être une gymnaste de haut-niveau, c’est une vraie passionnée. Je ne l’ai jamais vue aller à l’entraînement à reculons. Elle adore ça depuis toute petite. Elle regarde des vidéos, elle suit l’activité Elite et même universitaire. Elle est également très impliquée dans la réussite des plus petites du pôle. Elle les encourage, les soutient et les corrige. »

Véritable passionnée, Lorette Charpy est aussi une vraie guerrière. Les coups durs, elle les encaisse. Une fois que les larmes ont fini de couler, lui permettant d’extérioriser et de laisser filer sa déception, elle se remet toujours très rapidement en selle en se fixant de nouveaux objectifs. Souvenez-vous sa lourde blessure contractée au visage à la suite d’une mauvaise chutes aux barres. Multiples fractures au niveau du visage. Son visage était tuméfiée et elle n’avait eu d’autres choix que de se faire opérer. Beaucoup aurait pu mettre du temps à s’en remettre, mais pas Lorette. D’ailleurs, si elle n’avait pas été freinée par le staff médical, elle aurait même pu remonter sur les agrès dès la semaine qui avait suivi son opération.

Alors après sa blessure au genou, le processus a été le même. Le déni. Les larmes. L’acceptation. La détermination. Le retour au combat. « Lorette est très déterminée et organisée » , analyse Serena. « Elle sait ce qu’elle veut et comment s’y prendre pour l’obtenir. Elle est passée par plusieurs états mais elle ne s’est jamais laissée abattre ou envahir par des sentiments négatifs tels que la colère ou l’injustice. Elle sait se fixer des objectifs à court terme, moyen terme et long terme. Quand on a une grosse blessure comme ça, je pense que c’est la bonne solution. Prendre les choses les unes après les autres sans perdre de vue l’objectif ultime qui est les Jeux Olympiques. Je ne suis pas inquiète concernant sa reprise. Je sais qu’elle va y arriver. »

Une détermination dont tout le monde parle et que Grâce, son autre grande soeur souligne également. « Lorette a toujours été déterminée et à fond depuis ses débuts au pôleDès que j’ai appris la nouvelle de sa blessure, j’ai directement pensé à tout l’engagement qu’elle mettait et à toute la volonté qu’elle mettait dans ses entraînements depuis ses débuts au pôle. Elle a toujours été fond, vraiment motivée et déterminée et je me suis dit que c’était vraiment la dernière personne qui méritait d’avoir ça si près des Jeux. » Alors Grâce prend le temps de lui faire comprendre que sa blessure n’est pas anodine et qu’il lui faudrait tout de même un peu de temps pour s’en remettre. « Mais je sais qu’elle reviendra plus forte. Je me répète, mais je suis admirative de sa capacité d’adaptation et de sa force mentale. »

Blessée le 2 mars, la nouvelle n’a pas été officialisée tout de suite. Pendant une petite quinzaine de jours, personne ne savait que Lorette Charpy s’était blessée au genou et qu’elle allait devoir se faire opérer. Personne ne savait que les championnats d’Europe se feraient sans elle, tout comme les Jeux Olympiques de Tokyo. Alors lorsque la nouvelle a été officialisée, beaucoup ont pris un coup de massue et les messages de soutien ont rapidement afflué. « Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai été très triste pour elle, pour sa famille très soudée et ses entraîneurs. J’en ai eu les larmes aux yeux » , confie Nadia Massé qui a côtoyé Lorette sur la saison 2015-2016 lors de la préparation pour les championnats d’Europe junior. « Lorette est unique. Incroyable. Il y a des talents et il y a des championnes. Lorette est une grande championne. Elle est intelligente, travailleuse, pétillante. C’est une guerrière. Son mental est extraordinaire, elle nous l’a d’ailleurs prouvé à plusieurs reprises. J’ai vécu grâce à elle des moments inoubliables et je ne l’en remercierai jamais assez. Aux championnats d’Europe junior, en 2016, j’étais auprès d’elle pour la finale poutre, elle m’a offert ce qu’un entraîneur rêve de vivre » , confie Nadia.

Médaillée de bronze aux barres aux championnats d’Europe en junior en 2016, Lorette décrochera à nouveau le bronze quelques années plus tard à la poutre cette fois-ci et dans la catégorie senior, en 2019 à Szczecin. En équipe, elle remportera même l’argent en 2018 à Glasgow. Des championnats d’Europe qui lui réussissent bien. Mais cette année, les championnats d’Europe se font sans elle. Tout comme les Jeux Olympiques. Alors avant de revenir à la compétition, Lorette soigne sa rééducation. Une rééducation qu’elle a débutée une semaine tout juste après son opération et qui s’articulera autour de plusieurs étapes, dont tout une partie se fera dans un centre de rééducation. « J‘irai en centre de rééducation début mai mais je ne sais pas encore combien de temps ça va durer » , éclaire-t-elle. Mais pour l’heure, elle partage son temps entre des séances de rééducation chez le kiné, dont le cabinet est situé à quelques mètres du pôle, et des exercices qu’elle réalise chez elle ou à la salle de gym. « J’ai plusieurs attelles« , explique-t-elle. « Une qui fait du froid et une genouillère connectée qui reliée à une application, ce qui permet de voir mon degré de flexion et d’extension. Le chirurgien peut ainsi contrôler à distance l’avancée de ma blessure et me prescrire des exercices à effectuer via cette genouillère connectée. »

Suivie par le médecin du pôle, un kiné et son chirurgien avec qui elle est souvent en contact, Lorette ne brûle pas les étapes. Car même si elle est pressée de revenir à la compétition, elle sait l’importance d’une bonne rééducation. Et surtout, elle ne veut pas confondre vitesse et précipitation. Elle sait être patiente et met beaucoup de sérieux dans toute cette phase si déterminante. Et quand la gym lui manque trop, elle n’hésite pas à remonter un peu sur les agrès, sans utiliser ses jambes, pour retrouver quelques sensations. Telle une vraie passionnée.

Et aujourd’hui, tous ceux qui la connaissent, ou qui évoluent ou ont évolué auprès d’elle tiennent tous le même discours : rien ne l’arrête. Tant qu’elle est debout, elle pourra soulever des montagnes. Si les Jeux de Tokyo lui ont échappé, ce n’est pas pour autant qu’elle va se laisser abattre. Bien au contraire. Son rêve, elle veut l’empoigner. Pas le toucher du bout des doigts. L’empoigner des deux mains. Fortement. Passionnément. Amoureusement. Un rêve qu’elle rêve de voir devenir une réalité…

Article précédentChampionnats d’Europe : sélection, programme, enjeux et retransmission
Article suivantChampionnats d’Europe de Bâle – Eric Hagard : « Mélanie a impressionné l’adversité »

2 Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'inscrire votre commentaire !
Merci d'indiquer votre nom