Dans un post instagram, Léa-Laetitia Morissaint indiquait avoir effectué un stage au pôle de Saint-Etienne, du 29 juin au 3 juillet. Depuis les questions s’enchaînent… Pourquoi était-elle en stage à Saint-Etienne ? Va-t-elle intégrer le pôle ? Souhaite-t-elle quitter Chenôve ? Ne souhaite-t-elle plus s’entraîner avec Nadia Massé ? On vous répond.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite présentation s’impose. Qui est Léa-Laetitia Morissaint ? Cadette d’une fratrie de 5 enfants, Léa-Laetitia est une jeune gymnaste de 11 ans, licenciée au club de Chenôve, petite ville située en périphérie de Dijon. Dotée de capacités techniques incroyables, explosive et particulièrement expressive, elle rappelle une certaine Elvire Teza, grande gymnaste française qui a laissé son empreinte dans le monde de la gymnastique tricolore et internationale.

Léa-Laetitia a débuté la gymnastique artistique au club de Meaux, en Seine-et-Marne. Rapidement détectée, on lui propose alors d’entrer au pôle de Meaux. Une proposition que la gymnaste préférera refuser pour partir s’entraîner à Chenôve, aux côtés de Nadia Massé, ancienne entraîneure du pôle espoir de Dijon. Un choix réfléchi qui en surprend alors plus d’un. Mais pour la principale intéressée, cette décision était loin d’être le fruit du hasard. De nature sensible, l’environnement dans lequel Léa-Laetitia souhaite évoluer est un facteur déterminant. Et Meaux ne correspondait pas à ce qu’elle recherchait. Ce que voulait Léa-Laetitia, c’était avant tout de continuer à s’épanouir dans un club à l’atmosphère intimiste et familiale, tout en pouvant étudier au sein d’un établissement scolaire réputé, sans avoir à quitter sa famille. Le pôle de Meaux ne remplissant pas tous ces critères, sa famille avait donc préféré faire machine arrière pour finalement refuser l’entrée en pôle. A cet instant précis, il était alors prévu que Léa-Laetitia n’intègre aucune structure afin de revenir à une vie normale.

Finalement, quelques semaines plus tard, les choses ont évolué. Après avoir eu une discussion avec Nadia Massé, il fut décidé que la jeune gymnaste fasse un essai à Chenôve.  « Quand sa maman m’a contactée fin juin, il était question que Laetitia arrête la gym malgré sa passion » , explique Nadia Massé. Au début, Léa-Laetitia n’était toujours pas emballée à l’idée de quitter sa famille mais le projet avancé par Nadia, au sein d’un petit club intimiste et familial, lui plaisait. Direction Chenôve donc pour un essai… Un essai qui se révéla concluant. « Quand elle est venue essayer au mois de juillet, je me suis rendue compte du talent de Laetitia. Je l’ai acceptée car je ne voulais pas qu’elle arrête et que je me sentais capable de la faire progresser et lui redonner confiance… Mais j’étais totalement consciente que les institutions allaient se faire un avis totalement erroné de la situation. J’étais consciente des problèmes que j’allais avoir et les bâtons dans les roues que Laetitia allait avoir. Nous avons proposé une convention au club de Meaux, mais elle n’a pas été acceptée. Nous avons accepté cette décision. Mon projet est basé sur la liberté de circulation, c’est tout simplement la loi. Les gymnastes sont libres de venir mais aussi de choisir un autre projet. »

Par ce choix, Léa-Laetitia se grillait quelques cartes. Car en refusant une entrée en pôle pour finalement quelques semaines plus tard se licencier à Chenôve qui ne fait pas partie des clubs formateurs, elle savait qu’il lui serait désormais plus difficile de prétendre à des sélections en équipe de France. Peu importe, c’était sa décision. Léa-Laetitia voulait avant tout évoluer au sein d’un club où elle se sentait bien. Et son leïtmotiv était : en travaillant, elle obtiendra des résultats qui lui permettront alors d’intégrer le circuit France. Mais les choses étaient loin d’être si simples…

À Chenôve, la Seine-et-Marnaise, en contact téléphonique permanent avec sa famille, continue sa phase de progression. Au tournoi de Combs-La-Ville, en novembre dernier, elle surclasse même de nombreuses gymnastes de pôle. Au sol, elle attire tous les regards vers elle et conquiert la salle. Tous les spectateurs sont sous le charme. Au concours général, elle termine première dans sa catégorie d’âge. Les résultats sont là. Le potentiel est là.

« Léa-Laetitia est une gym très intelligente. Elle a une grande capacité à comprendre les choses et elle en a besoin pour avancer. Mais son manque d’endurance lui fait défaut parfois » , analyse Nadia Massé avant d’ajouter : « Laetitia est unique. Elle est très agréable quand elle est en forme. Elle est très impressionnante. Elle a un gros potentiel, elle est très explosive. »

Pendant un an, Léa-Laetitia prend de plus en plus confiance en elle, et élève considérablement son niveau technique. « Mais par manque de confiance, elle a peur. Chaque étape d’apprentissage doit donc être solide » , précise la coach. « Je suis heureuse de lui avoir permis de se reconstruire. Si les bases sont solides, elle n’aura aucune limite ! Elle saute, elle tourne, elle vrille« , sourit-elle. « Même si l’alignement et la souplesse ne sont pas innés, elle s’investit beaucoup car elle a compris leur importance. Elle a fait beaucoup de progrès. Cette année lui a permis de comprendre les rigueurs du haut-niveau. »

Une année enrichissante donc. Alors quelques mois plus tard, quand l’heure était au voeu au moment du Gym Eval, elle fait le voeu de rester à Chenôve et de bénéficier d’un PPF (Projet de Performance Fédéral). Une demande refusée de la part de la Fédération : Chenôve n’étant pas un club formateur, ils ne peuvent répondre favorablement à sa demande. En revanche, conscients du potentiel de la pétillante gymnaste, ils lui firent une proposition : effectuer un stage au Pôle de Saint-Etienne en vue d’une possible intégration au sein du pôle dès cet été. L’offre est très alléchante, mais la famille a besoin de prendre le temps de réfléchir. Et surtout la décision doit venir avant tout de Léa-Laetitia.

« Lorsque Véronique Legras-Snoeck nous a proposé que Laeti fasse un stage de quelques jours à Saint-Etienne, nous avons hésité. J’ai alors beaucoup discuté avec ma fille, pour lui dire que ça ne lui coûtait rien d’essayer, qu’il ne fallait pas qu’elle ait de regret et que cela pouvait être enrichissant pour elle de faire le stage. Jamais je ne la forcerai dans ses choix, je veux le bien de ma fille avant tout » , éclaire Diane, sa maman. Une discussion qui déboucha sur une réponse positive : Léa-Laetitia accepte le stage. Pour voir et ne pas avoir de regret.

À Saint-Etienne, tout se passe bien. Si le premier jour est un peu difficile, « Léa-Laetitia était stressée d’aller s’entraîner au sein d’une structure qu’elle ne connaissait pas, elle a beaucoup pleuré le premier jour, mais j’ai pris le temps de la rassurer à distance, et ensuite elle a pu pleinement profiter de cette expérience » , confie alors la maman au grand coeur, le reste de la semaine s’est très bien passé. Les deux premiers jours, elle était accompagnée de sa coach Nadia Massé. Puis Nadia a préféré s’éclipser afin de permettre à la jeune gymnaste puisse découvrir le pôle seule. Sans sa coach. « C’était important pour moi qu’elle découvre tout cela sans moi » , confie Nadia.

Malgré le manque de repères, Léa-Laetitia commence à prendre ses marques. « Elle s’y est bien plu, sourit d’ailleurs la maman. Elle s’est très bien entendue avec la famille d’accueil dans laquelle elle a dormi et elle a aussi été très bien accueillie par les autres gyms qui prenaient le temps de savoir si tout allait bien pour elle. Le seul petit point négatif : elle s’est blessée au talon, donc elle n’a pas pu faire tout ce qu’elle voulait. » Une expérience globalement positive donc.

Au terme des 5 jours de stage, où elle a pu être évaluée, la décision tombe : « Avis favorable pour une entrée au pôle de Saint-Etienne« . Si ses alignements et sa souplesse sont encore à perfectionner, la quasi-totalité de ses autres évaluations répondent aux attentes du pôle. Et sa vitesse de correction est saluée. Une qualité que Nadia Massé avait d’ailleurs déjà soulignée.

Un stage d’une semaine réussi qui pourrait donc ouvrir les portes du pôle à cette talentueuse gymnaste. Mais pour l’heure, rien n’est encore fait. Premièrement, la directrice du haut-niveau féminin, Véronique Legras-Snoeck, doit confirmer l’avis favorable émis par le pôle de Saint-Etienne à la suite de ce stage et ainsi valider l’entrée de Léa-Laetitia au pôle. Deuxièmement, Léa-Laetitia doit accepter de quitter Chenôve pour entrer au pôle stéphanois.

En ce qui concerne la première option, il serait étonnant que la réponse soit négative, Léa-Laetitia ayant fait un stage à Saint-Etienne à la demande de la Fédération, et l’avis émis par le pôle de Saint-Etienne étant favorable.

En ce qui concerne la deuxième option, si Léa-Laetitia était acceptée, elle aura besoin de temps pour réfléchir. En effet, si pour certaines gymnastes, le choix aurait été limpide, pour la Seine-et-Marnaise, les choses sont loin d’être aussi évidentes. Trois solutions lui font face :

  • Quitter Chenôve, intégrer le pôle de Saint-Etienne et donc intégrer plus facilement le circuit haut-niveau en vue de possible sélection France.
  • Rester à Chenôve, continuer de s’épanouir aux côtés de Nadia Massé mais être en marge du circuit classique et devoir prouver encore plus qu’elle a sa place en équipe de France.
  • Rentrer auprès de sa famille, à Meaux, renoncer à une partie de ses rêves et reprendre une vie « normale »

Lea-Laetitia se retrouve donc face à ces 3 choix. « Je sais que la Fédération attend une réponse » , explique la maman, « mais nous voulons prendre le temps de la réflexion. Ce ne sont pas des décisions évidentes à prendre. » Mais peu importe le choix qui sera pris, Diane, la maman, a déjà entamé le dialogue avec sa fille et a déjà pris les devants. « Je me suis renseignée auprès du collège de Meaux pour une possible inscription de Laeti si jamais elle décidait d’arrêter et de rentrer à la maison » , confie la maman. « Les études sont importantes et il est impensable pour moi de mettre cet aspect-là de côté. » À Chenôve, le collège est également dans l’attente d’une confirmation d’inscription pour l’année scolaire à venir. « Je leur ai expliqué la situation et leur ai dit que je reviendrai vers eux courant août » , ajoute la maman. Quant à Saint-Etienne, les démarches seront lancées directement par le pôle et la Fédération dans le cas où Léa-Laetitia viendrait s’entraîner là-bas.

« L’entrée au pôle lui ouvrirait plus facilement les portes des équipes de France et lui apporterait une dynamique dans la salle. Une dynamique différente » , complète Nadia Massé. « Je ne choisirai pas pour elle. C’est sa carrière, son projet et je l’accompagnerai dans son choix. Laetitia est libre de ses choix. Je l’accompagnerai, la soutiendrai mais je ne l’influencerai pas. La seule chose que je souhaite, c’est son bonheur, son bien-être, sa réussite scolaire et sa progression technique. »

Mais alors où sera Léa-Laetitia la saison prochaine ? Chenôve ? Saint-Etienne ? Meaux ? Il va falloir encore patienter quelques semaines avant de connaître l’issue de toute cette histoire… Pour l’heure, la Seine-et-Marnaise a repris le chemin de Chenôve pour reprendre l’entraînement avant la fin de cette saison des plus rocambolesques.

Charlotte Laroche

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