Le journal du bord d’une entraîneure de club en 2021

Les clubs sont quasiment à l’arrêt depuis de nombreux mois. Si rien ne pourra remplacer les entraînements en salle et aux agrès, beaucoup se réinvente, avec les moyens dont ils disposent et qu’on leur offre, en proposant des cours en visio ou en extérieur. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse chaud ou froid, les gymnastes de club tentent de survivre à cette situation qui les prive de compétitions et les condamne à s’entraîner d’une toute autre manière, bien loin de leur pratique habituelle. Entraîneure au club des Batelières d’Herblay, Angélique se confie sur ce nouveau quotidien qui lasse et qu’elle subit. Un témoignage qui est le sien mais qui pourrait être celui de beaucoup d’autres…

« Il faut être honnête, je vis très mal toute cette situation. J’avais plutôt bien vécu le 1er confinement et l’arrêt brutal de la saison 2019.2020. Après quelques semaines pour digérer et s’adapter, on avait décidé avec mes gyms de mettre ce temps à profit pour avancer malgré tout et continuer de construire, tant sur le plan physique que psychologique. Certaines de mes grandes ont su le voir comme une opportunité : tout remettre à plat, prendre du recul pour mieux revenir.

Avant que les salles ne ferment, Angélique prônait le port du masque à l’entraînement, lorsque celui-ci était compatible avec l’exercice demandé. Photo DR

Tout le monde est revenu en septembre remonté à bloc, rempli d’objectifs et d’envie, avec ce sentiment qu’être dans une salle de gym, c’était une chance. Chaque entraînement était devenu précieux et un vrai moment de bonheur. Du coup, les arrêts répétitifs de cette saison sont à chaque fois une énorme claque.On demande aux gyms de rester motivées, investies et patientes mais on ressent tous de la lassitude.

Même si physiquement on tente de sauver les meubles en entretenant ce qu’on peut, psychologiquement c’est difficile d’autant plus car il est impossible de se projeter et qu’on n’a malheureusement aucune réponse à apporter à nos gyms. Alors on apprend à vivre au jour le jour… mais quand on est passionnée, la vie sans la gym, sans le gymnase, sans les interactions et les échanges manque beaucoup !

« Se sentir inutile et impuissant est le quotidien d’un entraîneur en 2021 »

Si j’étais convaincue que mettre le sport à l’arrêt permettait de nous sortir de cette crise, je serais la première à soutenir cette action. Malheureusement, je pense que ce n’est pas le cas et je trouve les conséquences bien trop lourdes. Certaines associations ne survivront pas, certains athlètes se retrouvent dans un état de détresse psychologique catastrophique. Être assis dans son canapé, subir et se sentir inutile et impuissant est le quotidien d’un entraîneur en 2021.

Le bureau du club nous a demandé d’assurer une continuité pédagogique pour l’ensemble de nos adhérents et de maintenir au maximum le contact. Tous nos adhérents et leurs parents savent que nous restons à l’écoute en cas de besoin. Les entraîneurs restent disponibles pour échanger. Nous demandons régulièrement un retour sur photos et vidéos pour corrections et conseils.

Au mois de décembre, nous avons proposé à tout le monde de participer à un concours photo. Nous nous en sommes servis pour un mois de décembre « virtuellement dynamique ». Nous avons proposé une vidéo par jour pendant 25 jours. Au début du mois, nous proposions un exercice par jour, adapté à chaque niveau. Dès que nous avons pu reprendre en salle, nous avons fait évoluer le concept. le but était surtout d’avoir l’impression de partager quelque chose.

Avec le retour des beaux jours, les entraînements en extérieur permettent de remplacer certains cours en visio et d’ainsi retrouver des échanges et des parades physiques. Photo DR

Sinon, concrètement, nous nous sommes organisés de cette façon :

  • notre cours adultes se fait en zoom de façon hebdomadaire.
  • pour la baby gym, nous avons fait une vidéo de référence qui peut servir de support pour « s’amuser » / « travailler » à la maison en toute sécurité. Dès la réouverture du gymnaste en décembre, nous avons proposé de rattraper tous les cours qui avaient été annulés.  Malheureusement, avec le nouvel arrêt, la liste des cours loupés s’allonge ! Avec le retour des beaux jours, nous avons commencé les cours en extérieur.
  • Pour l’access gym, nous avons monté des vidéos d’entraînement complet, à faire à la maison, 1 fois par semaine. Pour ne pas tomber dans la routine, nous avons souhaité changer de fonctionnement et nous avons commencé au mois de février les cours Zoom. Depuis quelques semaines, nous retrouvons les gyms en extérieur.
  • Pour les groupes compétition, chaque entraîneur est libre de proposer le suivi qu’il veut. Pour ma part, je communique avec mes gyms de façon très régulière. Durant le confinement 1 (mars 2020), elles ont reçu un programme par jour durant 100 jours… ça nous permettait d’échanger quotidiennement et c’était facile : elles étaient à la maison, il faisait beau  ! Il n’y a jamais eu 2 fois le même programme. Le but étant la variété pour qu’aucune lassitude ne s’installe. Il pouvait aussi bien y avoir une séance spécifique de 10 minutes de proprio ou d’alignement qu’une séance plus technique un peu plus longue, qu’un programme de récupération ou encore des exercices ludiques.

En revanche, pour cette fois elles reçoivent 3 séances par semaine à faire en autonomie + envoi de séances techniques spécifiques pour celles qui le demandent + 1 zoom de préparation mentale par semaine. On fonctionne avec envoi de vidéos pour correction pour celles qui le souhaitent.

J’ai fait quelques cours Zoom avec les plus jeunes. Elles sont contentes de se voir, d’échanger et d’obtenir un retour instantané de ma part… Mais ce n’est pas quelque chose auquel j’adhère ! Je déteste même ! Je déteste donner l’impression qu’être derrière son ordinateur peut s’apparenter au métier d’entraîneur, je déteste les voir travailler dans ces conditions et je déteste encore plus passer plus de temps à leur demander de changer leur téléphone de place pour une meilleure visibilité plutôt que de les corriger !

Depuis que la météo est un peu plus clémente, j’essaie de les voir le plus régulièrement possible en extérieur (jusqu’à 4 fois par semaine). La mairie nous laisse accéder au matériel, que nous pouvons sortir à proximité du gymnase. Les conditions sont pénibles, mais refaire un semblant de gym fait du bien.

En plus de tout ça, nous travaillons avec un coach mental, praticien PNL (programmation neuro linguistique). 4 de mes gyms évoluant en division nationale ont eu la chance de bénéficier de son aide l’an dernier durant tout le confinement 1 et en ont tiré une grande richesse. Pour cette fois, il nous a proposé de mettre en place des séances de visualisation guidée, étendues à un plus grand nombre. Une vingtaine de gyms sont présentes à chaque fois. Il anime un Zoom par semaine, durant lequel, en l’espace d’1h, tout devient possible.

En avril, nous nous sommes adaptés au calendrier du gouvernement. La plupart de nos groupes ont été en pause durant les 2 semaines de vacances. En revanche, nous avons gardé le lien avec nos adhérents en mettant en place des concours (quizz sur le club et concours vidéo).

Il est important de se réinventer, de rester dynamiques et d’impliquer au maximum nos gyms dans leur pratique, même si celle-ci est devenue très différente.

« Je milite également pour le port du masque à l’entraînement »

Je milite également pour le port du masque pendant les entraînements. En effet, nous avons connu un début de saison très compliqué au club. Six cas positifs ont été décelés (aucune contamination intra-groupe). A chaque fois, les conséquences étaient lourdes : arrêt immédiat de l’entraînement pour la totalité du groupe, test PCR à effectuer… et au-delà de ça, une gym qui se retrouve cas contact et donc isolée se retrouve sans la possibilité d’aller à l’école. Il est difficile d’imaginer passer sa vie à être cas contact.

Nous avons donc réfléchi aux mesures que nous pourrions mettre en place à la salle pour garantir le maximum de sécurité à nos gyms en limitant les transmissions et contaminations et leur éviter des isolements à répétition. Nous savons que le masque est un des gestes barrières les plus efficaces et nous avons vu que plusieurs fonctionnaient déjà comme ça.

Après de nombreuses lectures à ce sujet et prise de conseils auprès de professionnels de la santé, nous avons proposé dans un premier temps à quelques filles de tenter l’expérience. Les règles étaient les suivantes : porter le masque lors des regroupements, notamment lorsqu’il est très difficile de se tenir à 2m de distance les unes des autres (temps d’attente entre les passages, temps d’échauffement ou d’étirements par exemple) et lors des déplacement dans la salle. Possibilité de le baisser lorsqu’une gym évolue seule sur l’agrès.

Honnêtement, elles n’ont eu aucun mal à s’adapter et ne ressentent aucune gêne particulière. La gym est surement un des sports qui s’y prête le plus. Certaines ont rapidement perdu le réflexe de baisser leur masque et le gardent même pendant leur passage et donc pendant la quasi totalité de leur entraînement. Forts de cette expérience, nous avons proposé à l’ensemble de nos adhérents d’étendre ce principe (sauf les plus petits évidemment). Il n’y a jamais eu aucune obligation, chacun est libre de son choix. A ma connaissance, 2 ou 3 gyms n’ont pas souhaité le porter (nous avons environ 250 licenciés hors baby gym). Nous sommes convaincus que le port du masque, couplé à d’autres mesures sanitaires, pourrait permettre un retour en salle en toute sécurité ! »

 

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