Des larmes, de la déception et des doutes

Marine Boyer (INSEP). Photo Emmanuel Berthoul / Gym and News

Depuis mardi 17 mars, 12h, tous les Français sont confinés chez eux et le mot d’ordre est le même pour tous : il faut rester chez soi afin de limiter la propagation du coronavirus. Comme la France dans sa globalité, le monde de la gymnastique est également en standby. Les entraînements sont suspendus, les clubs sont à l’arrêt et les compétitions s’annulent à tour de rôle. Une période de confinement comprise mais qu’il faut gérer, que l’on soit gymnastes amateurs ou gymnastes de l’élite.

Car certes les enjeux ne sont pas les mêmes pour tous mais chacun encaisse le confinement à sa manière. Que l’on prépare les Jeux Olympiques ou que l’on prépare une compétition régionale. Car que l’on s’entraîne 35 heures par semaine, 12 ou 8 heures, il y a un facteur commun : la passion. Alors samedi, lorsque les clubs ont fermé leurs portes afin de respecter les consignes du gouvernement, les larmes ont coulé. Beaucoup. Et la déception s’invitait partout. Chez tout le monde.

« Ce n’est évident pour personne et c’est dur à accepter », lance Clara Beugnon, ancienne gymnaste de haut-niveau désormais licenciée au club de Combs-La-Ville, en Seine-et-Marne « C’est surtout que la décision a été très soudaine. Tout s’est arrêté du jour au lendemain, personne ne s’y était préparé ! Au début, je trouvais d’ailleurs cette décision de fermer les clubs et d’annuler les compétitions disproportionnés, mais rapidement, j’ai pris conscience de l’ampleur du phénomène et je comprends totalement cette décision. C’est la santé avant tout. Mais c’est vrai que samedi, de voir toutes les petites du club en pleurs, dont ma petite soeur Lola, ça m’a fait mal au coeur. La gym fait partie intégrante de leurs vies. De nos vies à toutes. Sans la gym on se sent vide, c’est pas facile. Il y a un réel manque qui se fait sentir. »

Si tout le monde comprend ces mesures, il n’empêche que tout le monde doit tout de même prendre le temps de les encaisser. « En fait, le plus dur ce sont pour toutes ces gyms qui revenaient de blessures et qui s’apprêtaient à faire leur retour et pour qui finalement la saison s’arrête déjà. Je pense par exemple à Nolwenn qui revient d’une saison blanche après une grosse blessure et qui ne pourra peut-être finalement pas matcher lors de la dernière journée du Top 12 si celui-ci est annulé » , complète Clara. Mais pour le moment, un espoir demeure cependant pour certain(e)s gyms et certains clubs… Et pour qui la saison n’est peut-être pas encore terminée. Un espoir auquel se rattache les principaux concernés. En effet, si beaucoup de compétitions sont annulées, d’autres sont suspendues comme l’a expliqué la Fédération dans un communiqué. À l’image du Top 12 et des championnats de France élite qui seront peut-être reportés à une date ultérieure. « On espère qu’on aura la possibilité de disputer notre dernier match de Top 12 » , sourit d’ailleurs Clara pour qui le maintien parmi l’élite est à aller chercher avec son club de Combs-La-Ville. Ce club qui lui a donné un second souffle après plusieurs désillusions.

Enola (10 ans), du Gym Club Yerrois, en Essonne.

Si pour une poignée de gymnastes, il existe encore un petit espoir de disputer une dernière compétition, pour d’autres, la saison est pourtant belle et bien terminée. Beaucoup tentent alors de pallier ce manque à leur manière. Et surtout beaucoup suivent un programme de préparation physique afin de garder la forme et d’être prêt pour la reprise lorsque celle-ci aura sonné. « Ma fille Enola suit un programme concocté par son entraîneur » , livre Aude, une mère de famille de 34 ans dont la fille aînée, Enola, 10 ans, s’entraîne au club de Yerres dans l’Essonne. Alors oui sa fille ne fait certes pas de haut-niveau mais il n’en demeure pas moins qu’elle a tout de même quelques craintes quant à la reprise qu’elle espère être le plus tôt possible. « Enola nous dit qu’elle a peur de perdre toute sa musculation. Que ça fasse comme après chaque été où la reprise de septembre est compliquée. Mais le pire c’est l’arrêt total de la gym » , ajoute la maman. « Elle fait 12 heures de gym par semaine et là tout s’arrête d’un coup donc le corps est vite en manque. Du coup, tous les jours elle s’entraîne à la maison pour combler ce manque. Et par exemple, ce matin, elle est partie faire un footing avec son père autour de la maison afin de respecter les conditions de sortie mises en place par le gouvernement. » La préparation physique reste donc le seul échappatoire pour les gyms et leur permet de garder un pied dans le sport. De ressentir cette notion du dépassement de soi qui les accompagne à chaque entraînement. « J’ai récupéré un petit peu de matériel, sourit même Clara Beugnon. J’ai ramené à l’appartement un banc de muscu, une petite poutre ! On s’organise comme on peut ! »

Mais si l’absence de gym pèse sur le moral de beaucoup de passionnés de gym, pour d’autres, elle pèse bien plus lourd. Car si les clubs sont à l’arrêt, les pôles et l’INSEP le sont également. L’INSEP est la première structure à avoir appris sa fermeture. « Vendredi après-midi, on a appris que l’INSEP allait fermer, éclaire Killian Mermet. On a eu une réunion avec tout l’encadrement à ce sujet et plusieurs solutions nous ont été proposées : que certaines filles partent sur Sainté, Marseille ou Meaux, et nous sur Antibes. Mais au final, ça n’a pas été possible. Mon coach m’a ensuite dit qu’il avait peut-être trouvé une solution mais finalement, suite à l’annonce de Macron sur le confinement total, ce n’est plus possible du tout. » En effet, lundi soir, lorsque l’annonce du confinement général a été annoncé devant 35 millions de téléspectateurs, les sportifs de haut-niveau ont compris que leur préparation allait connaître un coup d’arrêt. Net et sans bavure. Et qu’aucune dérogation n’était possible. Même pour ceux qui préparaient les Jeux Olympiques. Il a donc fallu s’organiser. Vite et bien. Et surtout, il a fallu tenter de gérer au mieux cette absence d’entraînement qui est annoncé pour au minimum deux semaines. Un confinement qu’il n’est pas facile à vivre avec des journées qui peuvent sembler longues parfois. « J’organise mes journées comme je peux, souligne d’ailleurs Loris Frasca, qualifié pour les prochains Jeux Olympiques de Tokyo. Le matin, je me lève à 9h à peu près, je prends mon petit-déjeuner tranquille. Ensuite je vais courir car on a encore le droit de sortir un peu. Quand je rentre, je fais de la muscu, Rodolphe (Bouché, entraîneur au Pôle d’Antibes, NDLR) nous a donné un programme pour chaque jour. Et puis je fais du ménage, je joue à la play, je regarde des séries… J’occupe le temps comme je peux. »

Occuper le temps comme ils le peuvent. Pas évident pour tous ces gymnastes qui ont l’habitude d’avoir un planning bien ficelé. Chargé. Avec des entraînements intenses. Quotidiennement. En un claquement de doigt, ils doivent tous apprendre à réorganiser leur journée autour du confinement forcé et accepter qu’ils n’iront plus à la salle pendant quelques temps.

Rapidement, chaque pôle a alors mis en place un plan d’action à destination de ses gyms, rentré(e)s à la maison pour la plupart. « Nous avons reçu un programme d’entraînement avec des horaires pour maintenir le rythme de l’entraînement et des horaires de cours aussi » , éclaire Alisson Lapp, pensionnaire de l’INSEP, avant de préciser : « Je pense que pour la communauté c’est une bonne chose parce qu’on est très souvent en contact donc c’était, je pense, inévitable. À titre personnel, forcément, comme tout le monde, c’est une contrainte pour moi puisqu’on doit arrêter de s’entraîner et d’aller en cours. Mais la santé avant tout et je pense qu’on pourra profiter de cette occasion pour prendre notre temps sur d’autres choses qu’on ne peut pas faire habituellement. » En pleine préparation olympique, Marine Boyer ne déroge pas à la règle et suit également, chaque jour, un programme physique. « C‘est un peu dur ce confinement général car on se préparait pour des prochaines échéances, mais bon, en ce moment, il y a plus important que le sport  » , temporise-t-elle. Marine Boyer qui a d’ailleurs appris cette semaine que la coupe du monde de Birmingham à laquelle elle devait participer à la fin du mois de mars était annulée. Avant d’apprendre quelques heures plus tard que les championnats d’Europe organisés à Paris du 30 avril au 1er mai prochain étaient également annulés. Idem du côté des masculins. Le couperet est tombé mardi midi : les championnats d’Europe prévus à Bakou du 27 au 31 mai n’auront pas lieu.

Des annulations qui pleuvent et des mauvaises nouvelles qui s’accumulent donc. Des mesures comprises mais subies. À l’image de Salsabil Tounan qui a connu un début de saison compliqué et qui espérait voir apparaître une éclaircie en cette deuxième partie de saison. Une éclaircie qui n’arrivera finalement pas… « Je le vis assez mal cet arrêt forcé » , livre-t-elle sans pour autant perdre cette joie de vivre qui la caractérise tant. « Cela m’empêche de m’entraîner surtout que je viens juste de reprendre sur les 4 agrès. La gym va très vite me manquer, ainsi que mes copines d’entraînement. » Revenir pour de nouveau s’arrêter. Pour le corps et l’esprit, il faut donc apprendre à s’y faire. Et vite. Pour ne pas se lamenter.

Clara Beugnon en pleine séance de souplesse..

À Dijon, la jeune Kloé Gausselan-Cresson, qui a appris la fermeture du pôle de Dijon depuis l’INSEP où elle était en stage contact avec ses autres copines de pôle (un stage qui a d’ailleurs été écourté, NDLR), appréhende quant à elle l’après. « Je suis un peu déçue de ne plus pouvoir m’entraîner, explique-t-elle depuis sa maison familiale. Car durant cette période nous allons perdre en niveau technique et en physique. Nous ne savons pas encore si les championnats de France élite seront maintenus ou pas, mais j’espère vraiment que oui, que l’on puisse montrer notre travail que nous avons fait toute l’année. » Autre sujet qui appelle à questionnement, celui qui concerne le gym eval. « J’espère que cela ne va pas nous pénaliser et que la Fédération prendra en compte cette période délicate pour toutes les gyms et qu’une équité sera respectée pour toutes les structures » , espère-t-elle.

Beaucoup de doutes subsistent donc. « Toutes les compétitions sont annulées, toutes les salles sont fermées, et on est un peu dans le flou, ajoute Killian Mermet. On ne sait pas quand on va pouvoir reprendre, ni comment ça va se passer. On n’a aucune information sur l’après donc ce n’est pas évident. » Mais surtout, pour certains athlètes, l’annulation des compétitions retardent leur retour sur la scène internationale. Ce retour qu’ils attendaient tant. Ce retour qui les fait tant vibrer. Ce retour rêvé qui les a poussé à travailler d’arrache-pied pendant des mois, allant puiser au bout de leurs ressources. « J’avais été sélectionné pour participer au tournoi de Kiev, fin mars, explique alors Killian Mermet, et quand j’ai appris que c’était annulé, ça m’a mis un coup. Je suis déçu car je revenais plutôt très bien. J’avais quelques compétitions en ligne de mire comme le tournoi de Kiev et les championnats d’Europe donc je suis un peu dégoûté. C’est un peu dur à encaisser, surtout après la grosse prépa que j’ai faite mais c’est la santé avant tout ! Ce sera pour l’année prochaine. »

L’année prochaine… Une année qu’on souhaite sans encombre. Une saison 2020-2021 qu’on souhaite riche en émotions. Pour toutes et tous. Gymnastes amateurs ou de haut-niveau. Une saison qu’on souhaite belle et joyeuse. Une saison au cours de laquelle les coeurs continueront de battre. De vibrer. Où les yeux continueront de pétiller. Mais pour le moment, l’heure est au confinement et à l’entraînement à domicile. Sans prendre de risques. Et surtout, comme le conclut si bien Killian Mermet, « le mieux à faire désormais est de faire attention à soi et à ses proches. »

Charlotte Laroche
Avec Mary-Lou 

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