Clap de fin pour Alisson Lapp qui s’envole vers de nouveaux horizons

Quelques jours avant la publication des résultats du GymEval, Alisson Lapp annonçait mettre un terme à sa carrière afin de se consacrer à ses études supérieures. Une décision qui a beaucoup surpris mais qui était pourtant bien réfléchie du côté de la principale intéressée.

Elle aura marqué les esprits et au son moment de gloire. Avril 2016, championnats d’Europe junior de Bern. Alisson Lapp est membre de l’équipe de France junior aux côtés de Lorette Charpy, Mélissa Poitreau, Janna Mouffok et Morgane Ossysek-Reimer. En finale sol, où elle termine 4eme, elle conquiert le public. Son expression, sa musique sur le célèbre Lac des Cygnes, sa chorégraphie, tout fera qu’elle attirera tous les regards sur elle. Et que des années plus tard, lorsque le nom d’Alisson Lapp est évoqué, tout le monde ne parle que de ça, laissant ainsi son empreinte auprès des plus connaisseurs. Elle, l’élève studieuse qui a su combiner à merveille gymnastique de haut-niveau et études. Elle qui, malgré les nombreuses heures d’entraînement hebdomadaires, n’a cessé d’accumuler les bonnes notes et les félicitations, telle une élève modèle que tout professeur aimerait avoir dans sa classe. Alors lorsqu’elle annonce vouloir se retirer du monde du haut-niveau pour se consacrer à ses études supérieures, la raison semble évidente. « Je me suis toujours dit qu’une fois le lycée terminé, je me consacrerais à mes études supérieures » , explique-t-elle. « Bien sûr, si j’avais été dans la course olympique, les choses auraient été un peu différentes et j’aurais repoussé un peu mon départ le temps de me consacrer pleinement à la gym mais là ce n’était plus le cas donc le choix de mettre un terme à ma carrière s’est fait naturellement. Je n’avais plus envie de sacrifier mes études pour la gym, sachant que je savais que je n’avais plus aucune chance de faire les JO. »

En effet, son rêve de Jeux s’était éteint petit à petit. Car depuis son entrée à l’INSEP, il y a trois ans au moment de son entrée en Seconde, Alisson, l’Alsacienne au grand sourire et à la joie de vivre indéniable, accumulait les blessures, la privant ainsi de sélection France et donc de compétitions internationales. Des coups durs successifs et des blessures à répétition qui l’empêchaient de progresser. D’avancer. Qui l’empêchaient même parfois de s’entraîner. Face à ces blessures à répétition et à ses manques de résultats, la pression se faisait de plus en plus forte et les messages de mises en garde de la part de la Fédération commençaient à faire leur apparition. Une suite logique. Plutôt que de subir son arrêt, Alisson a préféré prendre les devants. Préféré réfléchir à l’après. À l’avenir. À ce second chapitre de vie qu’elle allait devoir entamer. Alors lorsqu’au début de l’année, quelqu’un lui évoque l’idée d’une reconversion aux Etats-Unis du fait de son bon niveau scolaire et d’anglais et de son profil de gymnaste de haut-niveau, l’idée a germé. Mais loin de se lancer dans une nouvelle aventure de manière précipitée, Alisson prend d’abord le temps d’en discuter avec ses proches et de se documenter. Jusqu’au jour où elle passe le cap et qu’elle décide d’envoyer sa candidature à quelques universités américaines. Trois d’entre-elles furent intéressées par son profil. Une étape devait toutefois déjà être franchie : il lui fallait valider un examen d’anglais. « Malheureusement, avec le Covid, l’examen a été annulé et tout a été remis en cause » , éclaire sa maman. « Partir aux Etats-Unis dans ces conditions ne nous semblait plus être une bonne solution. Alisson a donc fait le choix de rester en France et de poursuivre ses études supérieures en France. » L’aventure américaine ne sera donc pas pour tout de suite.

Très bonne élève, Alisson envisage de faire une prépa scientifique ou une licence dans le domaine des mathématiques, de la physique ou de la chimie. « Je ne sais pas encore exactement vers quel choix je vais me tourner mais ce dont je suis sûre c’est que je souhaite faire des études scientifiques » , sourit Alison. Un rythme qui s’annonce donc chargé et qui l’empêchera de continuer à s’entraîner, même pour le plaisir. « J’adore la gym, je suis une vraie passionnée » , lance-t-elle. « J’aimerais pouvoir continuer de m’entraîner pour le plaisir mais je pense qu’avec les cours, cela sera compliqué. Mais si je vois que j’ai la possibilité de continuer, je le ferai avec plaisir. Ma passion pour la gym est toujours aussi forte. »

Passionnée, Alisson l’est. Elle a toujours eu des étoiles dans les yeux lorsqu’elle parle de ce sport qui a rythmé sa vie pendant tant d’années. Ce sport qui la berce depuis petite. Ce sport qui lui en a fait voir de toutes les couleurs aussi mais surtout qui l’a faite vibrer. « Je n’ai aucun regret » , confie-t-elle d’ailleurs. « Quand je suis arrivée au pôle de Dijon, j’étais inconnue au bataillon, j’étais une enfant mais j’ai toujours eu des étoiles dans les yeux. »

À Dijon, elle a grandi aux côtés de Nadia Massé, son entraîneur. « Elle m’a apporté tellement de choses » , livre Alisson. « Elle a changé ma vie. Elle s’est donnée corps et âme pour moi, pour nous, et je la remercie du fond du coeur. » Championne de France espoir en 2015 puis membre de l’équipe de France aux championnats d’Europe à Berne un an plus tard et finaliste au sol, Alisson a su tirer profit de toutes ces années passées à Dijon pour se faire un nom dans la sphère gymnique et passer de la petite gymnaste inconnue à la gymnaste qui se fraye petit à petit un chemin vers la haute sphère de l’équipe de France.

« Alisson est arrivée en même temps que moi à Dijon » , se souvient Nadia Massé. « Elle était très bébé et paradoxalement ses analyses et ses remarques étaient très pertinentes. Elle est très intelligente et c’est ce qui la rendait atypique et en décalage avec les autres. Elle a souvent été mal comprises. » Une intelligence qu’elle a su mettre au profit de ses études mais aussi de la gymnastique. « Son intelligence était une force pour sa pratique. Vraiment petite pour son âge, elle était rapide, ce qui pouvait compenser son manque de puissance » , souligne Nadia. « Avec moi, elle était très respectueuse, reconnaissante, très polie et très bien éduquée. J’ai vraiment apprécié être son entraîneur car sa capacité de réflexion et d’analyse était vraiment une force. La gymnastique est vraiment un sport de répétition et son cerveau de génie lui permettait de réfléchir et donc de compenser son potentiel physique afin de diminuer les passages. »

Ses années au Pôle lui permirent donc de briller et de se démarquer. « Elle était souple, très coordonnée et rapide ce qui lui a permis de réussir en junior » , analyse Nadia. « Son agrès était la poutre car ses qualités physiques, sa souplesse et sa coordination lui permettaient de s’exprimer. » Un agrès fétiche qui lui a valu tout de même une petite déception : sa finale manquée aux championnats d’Europe de Bern, en 2016, en raison d’une chute aux qualifications qui l’avait empêchée d’atteindre le Top 8. Alors certes, elle a eu sa finale sol, cette 4eme place, cette ovation du public, ce souvenir mémorable, mais cette finale poutre lui aura manqué, lui laissant un petit goût d’inachevé.

Si à Dijon, elle a pu vivre des choses fabuleuses, les débuts n’ont cependant pas toujours été évidents. « Chaque nuit, Alisson m’appelait en pleurant en me disant qu’elle voulait rentrer » , confie sa maman. « Elle avait des bonnes notes à l’école, à l’entraînement elle progressait, elle était contente, mais le soir, une fois dans son lit, elle craquait. » Mais malgré ces coups de mou, Alisson n’a jamais lâché. Et l’année d’après son entrée au pôle, sa mère avait même aménagé son emploi du temps afin de venir à Dijon, auprès de sa fille, quelques week-end. « J’arrivais le vendredi soir et je repartais le mardi matin. Je louais un appartement via AirBnb et je passais tout le week-end avec elle. C’était une très belle période, pas évidente financièrement, mais une très belle période au cours de laquelle nous avons vécu de très bons moments. » Et lorsque sa maman ne descendait pas, c’était Alisson qui remontait en Alsace. Un gros budget et des sacrifices que la maman ne regrette pas puisque cela a permis à Alisson de s’acclimater à sa nouvelle vie à Dijon.  « J‘ai fait ces allers-retours pendant un an et ensuite j’ai arrêté car Alisson n’avait plus ce besoin que je sois à ses côtés chaque week-end. » Alisson avait trouvé ses marques et trouvé sa place.

La période Dijon laissa ensuite place à la période INSEP… trois années enrichissantes qui n’eurent pas les effets escomptés. Les choses se sont gâtées avec les blessures qui se sont accumulées. Alisson était d’ailleurs arrivée de Dijon, blessée au pied. Une blessure contractée au pied en 2017 au tournoi de Gand. Le début d’une spirale infernale où entorses, fissures dans le pied puis fracture de fatigue se sont succédées sans jamais la laisser tranquille. Car dès qu’elle se remettait d’une blessure, une autre prenait le relais. Une éternelle répétition. Jusqu’à la blessure de trop… Celle qui la poussera vers la sortie de l’INSEP. Celle qui fera que son maintien au sein de cette structure qui l’a accueillie et vu grandir au cours de ces 3 dernières saisons ne sera pas reconduit. Celle qui lui fera prendre  conscience qu’il lui était peut-être temps de tourner la page et de penser à son avenir. « En janvier dernier, deux semaines après la reprise, je tombe sur le dur, entre la fosse et le béton, sur un entraînement aux barres, en faisant un pied main demi. Je me fracture le sacrum. » Un nouveau coup dur pour celle qui se retrouve sans cesse rattrapée par les blessures. « Cette fracture du sacrum n’a pas été évidente pour moi » , confie Alisson. « En cours, je devais m’asseoir sur une bouée par exemple. Mais tout s’est bien remis et c’est le principal. »

Une carrière entachée par tous ces coups durs. « Parfois je me demande quelle carrière j’aurais pu avoir si je n’avais pas eu tant de pépins physiques« , concède Alisson. D’autant plus que chaque blessure entraînait une remise en question. « Mes trois années passées à l’INSEP ont entraîné beaucoup de déception personnelle, beaucoup de doutes, beaucoup de remise en question » , confie-t-elle. « Mais j’y ai aussi passé de très bons moments et mes blessures m’ont permis d’apprécier la gym différemment. J’ai appris à aimer les barres par exemple (Rires). »

Une carrière en dent-de-scie donc avec des hauts, des bas, des joies, des peines, mais avec toujours cette même passion qui ne la quittera jamais… jusqu’à ce fameux jour où elle passe le cap d’officialiser son arrêt. « J’étais prête car c’est une décision réfléchie mais ce n’est pas évident. Rien que le fait d’appuyer sur le bouton publier n’a pas été facile à faire. C’était une étape à franchir« , lance-t-elle. Une étape qu’elle franchira en plein confinement. Son arrêt était acté et les jeux étaient faits.

Mais le plus dur reste de s’arrêter sur un goût d’inachevé. Sur une saison avortée par la crise sanitaire. « C’est un peu dur de s’arrêter comme ça » , regrette Alisson. « Surtout qu’avec mon club de Meaux, nous étions toujours en course en Top 12. Ensuite, il y avait les championnats de France élites, mais tout s’est arrêté net. Faire ces compétitions m’auraient permis de me dire ‘Profite Alisson et fais toi plaisir, c’est ta dernière compète alors savoure’ Mais je n’aurais pas cette chance de vivre ces dernières compétitions. »

Si le confinement aura privé la gymnaste de ces derniers instants, en revanche il lui aura permis de retrouver sa famille, de se ressourcer et de faire une transition en douceur. De se ressourcer auprès de sa famille. Une transition qu’elle opère également avec le soutien de ses coéquipières et entraîneurs de l’INSEP. Et même si elle arrête le haut-niveau, Alisson a tenu a poursuivre la préparation physique mise en place par le staff de l’INSEP durant cette période de crise sanitaire. Pour elle, il lui était tout simplement impossible de ne pas suivre le programme. « Le sport fait partie de ma vie » , explique-t-elle. « J’en fais depuis que je suis toute petite, j’ai de l’énergie, ça me permet de rester en forme et de profiter de mes copines d’entraînement et de mes coachs. » Et surtout, cela lui permet de couper le cordon en douceur… avant de se lancer dans un tout nouveau quotidien. Celui des études supérieurs qui lui permettront d’envisager cet avenir dont elle a toujours voulu. Loin de la gym certes mais une chose est sûre, ce sport ne la quittera jamais. Elle l’a dans le sang, dans le cœur et cette page de vie ne cessera de lui apporter toutes ces étoiles qui font tant briller ces yeux depuis toutes ces années.

Charlotte Laroche

 

 

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