Championnats du monde (Kitakyushu 2021) : pourquoi cette sélection ?

L’annonce de la sélection française pour les championnats du monde de gymnastique artistique qui se dérouleront du 18 au 24 octobre prochain au Japon, a soulevé beaucoup d’interrogations. De frustration même parfois. Alors que chaque pays pouvait envoyer jusqu’à 4 féminines et 6 masculins, la Fédération française de gymnastique a décidé de sélectionner 3 féminines (Coline Devillard, Célia Serber et Carolann Héduit) et 1 masculin (Cyril Tommasone). Dans un communiqué publié sur le site de la FFG ce mercredi 6 octobre, Kévinn Rabaud, directeur technique national, Laurent Barbieri et Véronique Legras-Snoeck, respectivement directeur du haut niveau masculin et féminin, se sont expliqués sur le processus de sélection.

Le premier élément à prendre en compte est que ces championnats du monde sont des championnats individuels. Il n’y aura donc aucun concours par équipes mais uniquement des concours individuels (concours général et finales par appareil). Un cas de figure qui a donc remodelé les sélections au sein de nombreuses nations, dont la France. « Ce championnat est un peu particulier puisque c’est un championnat individuel alors que nous souhaitions introduire très tôt, dans ce nouveau cycle, une très forte dynamique d’équipe » , commence Kévinn Rabaud, le directeur technique national avant de préciser : « Les conditions n’étant pas réunies pou présenter un effectif fort et massif chez les masculins, nous avons choisi de sélectionner uniquement les potentiels médaillables. » Ainsi suite aux différents tests organisés courant septembre à Montceau-Les-Mines, seul Cyril Tommasone, spécialiste des arçons, a réalisé les minima, d’où sa sélection.

Cyril Tommasone tentera de décrocher une médaille aux arçons, son agrès de spécialité. Photo Cybile C. Photography

Un projet de sélection qui s’est toutefois affiné au fil des tests et en fonction de la condition physique de chacun. « Dans un premier temps, j’ai exposé à la CNS le souhait de profiter de toutes les compétitions et actions de l’équipe de France pour que Vitaly puisse prendre en main les gymnastes au plus vite. Je pensais donc sélectionner un maximum de gym pour les championnats du monde avec tout de même une réserve puisque les gymnastes n’avaient pas obtenu les minimas lors des tests » , explique Laurent Barbieri, directeur du haut-niveau masculin, dans le communiqué fédéral.  « Cependant, des réserves médicales et administratives n’ont pas permis de sélectionner les 6 gymnastes initialement prévus. Nous souhaitons débuter le cycle avec un collectif disponible, et ce, dès janvier 2022 lors du premier regroupement afin que Vitaly puisse mettre en place son processus de préparation pour Paris 2024. Donc même si les blessures ne sont pas graves, nous ne souhaitons prendre aucun risque. »

Quid des plus jeunes ? Pourquoi ne pas les envoyer afin de leur faire prendre de l’expérience à l’internationale, à trois ans des Jeux Olympiques de Paris ? C’est en effet l’une des interrogations qui est régulièrement revenue sur les réseaux sociaux et dans les différentes discussions suite à l’annonce de la sélection française. « L’objectif sur un championnat du monde est de performer et non simplement de participer, car nous sommes observés et analysés. Ce n’est donc pas sur ce type d’événement que les jeunes gymnastes doivent prendre de l’expérience, mais plutôt sur des matchs ou des étapes de coupe du monde » , analyse Laurent Barbieri dans le communiqué.

De l’expérience gagnée par exemple dernièrement lors d’un match amical organisé face à la Grande-Bretagne et dont Mathias Philippe, Cameron-Lie Bernard, Bastien Eloy, Benjamin Osberger, Julien Maréchal et Enzo Fazari sont ressortis grands vainqueurs face à une équipe britannique composée de gymnastes qui seront d’ailleurs prochainement alignés à Kitakyushu (lire ici). Une belle sortie qui présage de belles choses pour la suite mais pas suffisamment pour ces Mondiaux comme l’explique le DHN. « Aujourd’hui nous avons un seul gymnaste en capacité de remporter une médaille mondiale : Cyril Tommasone qui a confirmé son potentiel lors des tests avec un nouveau mouvement. » Ainsi, suite à la série de tests organisés sur le mois de septembre, seul un ticket (sur six) a été attribué pour s’envoler pour Kitakyushu. D’autant que plusieurs absences notoires sur ces tests de sélection sont à rappeler. Blessé au biceps quelques jours avant sa finale olympique aux anneaux, Samir Aït Saïd n’était pas présent au test. Tout comme Loris Frasca, blessé au genou, et Antoine Borello qui venaient tout juste de reprendre l’entraînement et qui n’ont donc pas non plus participé aux différents tests.

Du côté des féminines, le processus de sélection était légèrement différent mais dans la même lignée. « Chez les filles, nous avons fait le choix de privilégier les généralistes solides et les spécialistes« , explique Kévinn Rabaud, le DTN. Et « les titulaires et les remplaçantes des Jeux de Tokyo étaient prioritaires« , précise Véronique Legras-Snoeck, directrice du haut-niveau féminin avant d’ajouter : « Pour Carolann Héduit, qui a fait de bons Jeux et qui doit viser de performer en 2024, ces championnats rentrent dans son processus de préparation pour Paris. Célia Serber était remplaçante lors des Jeux et a donc naturellement gagné sa place. Coline Devillard était également remplaçante lors des Jeux. Elle est également une spécialiste au saut, donc ce championnat du monde individuel et par spécialité est évidemment une compétition pour elle. »

Spécialiste du saut, Coline Devillard visera une finale à cet agrès avec un objectif de médaille. Photo Maryne Lesquelen

Carolann Héduit, Célia Serber et Coline Devillard étaient donc les 3 premières gymnastes à avoir gagné leur ticket pour Kitakyushu suite à l’ensemble de leur préparation olympique. Rappelons que Mélanie De Jesus Dos Santos et Marine Boyer ne se positionnaient pas sur ces championnats du monde. Mélanie De Jesus Dos Santos est actuellement en tournée aux Etats-Unis sur le Gold Over America Tour, un grand gala organisé par Simone Biles qui s’étale sur plusieurs semaines, et Marine Boyer n’a quant à elle pas encore repris l’entraînement (lire ici). Quant à Aline Friess, suite à son incroyable retour pour être prête pour les Jeux de Tokyo suite à son opération du genou (lire ici), elle a pris le temps de souffler et n’a donc pas inscrit ces Mondiaux dans son calendrier (retrouvez très prochainement un article à ce sujet).

Une quatrième et dernier ticket pouvait encore être attribué chez les féminines, puisque chaque nation a la possibilité d’envoyer jusqu’à 4 gymnastes sur ces championnats du monde individuels, mais ce quatrième ticket n’a pas trouvé preneur. Lorette Charpy, opérée du genou en mars dernier, espérait revenir sur ces Mondiaux, au moins aux barres. Mais son retour à la compétition devra finalement attendre encore un peu. « Lorette Charpy revient très bien mais le staff médical a souhaité ne prendre aucun risque pour ces championnats du monde non qualificatifs et plutôt préparer les championnats 2022 qui eux le seront« , explique Véronique Legras-Snoeck dans le communiqué. Quant aux autres gymnastes présentes au test, à savoir Alison Faure, Sheyen Petit, Taïs Boura, Morgane Osyssek-Reimer et Lucie Henna (toutes n’ont pas présenté les 4 agrès, NDLR), elles « n’ont pas rempli les minima lors du test, mais la progression des plus jeunes est encourageante« , confie la DHN. Un peu justes pour le Japon, les plus jeunes ne s’envoleront donc pas pour le Japon en ce mois d’octobre 2021 mais la route pour les Jeux de 2024 est bel et bien lancée…

 

Retrouvez l’interview complète de Kévinn Rabaud, Laurent Barbieri et Véronique Legras-Snoeck sur le site de la Fédération Française de Gymnastique en cliquant ici 

Article précédentSamir Aït Saïd va bientôt pouvoir reprendre l’entraînement
Article suivantTop 12 : le tirage au sort effectué, le calendrier est connu

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'inscrire votre commentaire !
Merci d'indiquer votre nom