Championnats d’Europe (Bâle 2021) – Rodolphe Bouché : « Il faut remonter à cheval pour être capable de galoper à nouveau »

Après les féminines lundi, c’était au tour des garçons de faire leur entraînement podium mardi dans le cadre des championnats d’Europe de Bâle (Suisse). Comment celui-ci s’est-il passé pour le clan français ? Dans quel état d’esprit se trouvent-ils ? Le quota olympique est-il accessible ? Rodolphe Bouché, l’un des entraîneurs de cette équipe de France masculine, fait le point avant les qualifications qui se dérouleront ce jeudi 22 avril.

Gym and News : Après plus d’un an, la compétition reprend ! Comment s’est passé l’entraînement podium des garçons ?
Rodolphe Bouché : C’était la première compétition depuis les championnats du monde pour beaucoup de gymnastes, toutes nations confondues. Pour Julien c’était encore plus loin car sa dernière compétition internationale remontait à plus de 2 ans. Mathias Philippe, ça remonte encore un peu plus loin, il m’a d’ailleurs dit : ‘Rodolphe, la dernière fois que je suis rentré sur une compète avec un entraînement podium c’était en 2015 lors des Universiades !’ Donc il y avait un petit peu de stress et de pression pour tout le monde et ça s’est ressenti. Les entraînements s’étaient très bien passés dans les salles mais l’entraînement podium a été un peu plus compliqué. En effet, d’un point de vue général, pour beaucoup de nations, les gyms sont très bien dans les salles d’entraînement, on a pu voir de super trucs, par contre il y a eu beaucoup de déchets sur le podium. On sent que les gyms sont habitués à s’entraîner dans leur salle d’entraînement, à faire des tests dans leur salle d’entraînement, mais que sur podium, dans une ambiance compète, c’était différent. Il y a donc eu beaucoup de chutes, beaucoup de déchets. D’ailleurs certains experts de l’UEG nous ont indiqué qu’ils s’attendaient à ce qu’il y ait beaucoup de chutes, du fait de tout le contexte.

D’autant plus que comme ça fait longtemps qu’il n’y a pas eu de compétition, tout le monde a augmenté son niveau, mais c’est un niveau qui a augmenté aux entraînements et qui n’a pas encore été présenté en compétition, et notamment dans ce genre de compétition où la salle est grandiose ce qui apporte une pression supplémentaire. Donc on ne va pas se le cacher, il y a eu pas mal de fébrilité.

Léo Saladino, Mathias Philippe et Cyril Tommasone évoluent tous les 3 dans la deuxième subdivision, ce sont les premier Français à s’être entrainés sur podium, comment s’est passé l »entraînement pour eux ?
Léo Saladino dispute ces premiers championnats d’Europe senior. Il était très concentré et il a bien pris ses marques au saut. Il va faire deux gros sauts, les mêmes que Loris, et son objectif est clairement de rentrer en finale. Sur l’entraînement podium, il a fait deux fois chaque saut avec un tapis et ça s’est bien passé. Honnêtement, je pensais que ça aurait été un peu plus problématique au niveau du mental mais au final il ne s’est pas posé de questions, il y a été. L’objectif était de prendre les marques avec la lumière et la course sur un podium, c’est-à-dire des choses qu’il ne connaît pas et il a fait une très bonne séance. Aux barres parallèles, ça a été un peu plus compliqué sur les éléments de suspension mais sinon bon entraînement. Et enfin au sol, il a aussi pris ses marques. Il a un gros mouvement donc c’était important de bien prendre ses marques surtout que c’est un nouveau praticable, et sur podium donc c’était encore une adaptation pour lui. Il ne va pas faire le Miller, on a décidé de remplacer par le full full tendu car il le maîtrise mieux. En résumé, il a fait un bon entraînement, il était fatigué après et un peu courbaturé ce matin mais c’est normal.

Mathias Philippe a fait un bon tour sur les 6 agrès. Il a glissé au sol mais sinon il a fait un bon mouvement. Bonne barre fixe et bonnes parallèles aussi mais c’est sûr qu’on sentait un peu de stress. Il ne faut pas oublier que ça faisait très longtemps qu’il n’avait pas fait d’entraînement podium ! La dernière fois c’était en 2015…  Mais il est confiant et il est prêt à vraiment bien faire.

Cyril Tommasone est passé aux arçons. Il a eu un petit souci avant la sortie et a chuté. Il a fait plusieurs séquences derrière pour s’imprégner de l’environnement, notamment par rapport à la luminosité. Ce n’est pas une ambiance gymnase allumé comme d’habitude, c’est un peu en mode show avec un halo de lumière sur l’agrès et tout autour c’est tout noir. Sur un agrès comme les arçons, il y a beaucoup de réverbération donc il a eu du mal avec cette lumière. Mais ce n’est pas le seul, ça a été assez compliqué pour beaucoup de gyms aux arçons. Whitlock a fait 2 chutes par exemple. Je crois qu’il y a que Nagornyy qui a réussi à faire son mouvement sans chute. Tous les autres spécialistes sont tombés donc tu sens qu’il y a le stress, la pression de l’évènement et cette lumière qui a gêné. En plus comme il n’y a pas de public, c’est assez pesant. Et puis ils ont mis une musique d’ambiance un peu particulière, une musique solennelle donc ça n’aide pas (Rires). Sinon, pour revenir à Cyril, ce matin il est retourné à l’entraînement et il répétait ses demi-parties. Cet après-midi, c’est le seul qui est retourné s’entraîner. Mais Cyril est comme ça, c’est comme un violoniste ou un pianiste. Avec le cheval d’arçons, il y a ce besoin de beaucoup faire, beaucoup répéter et surtout tous les jours parce qu’il faut entretenir les automatismes.

Julien Gobaux et Loris Frasca sont la dernière subdivision, comment l’entraînement podium s’est-il passé pour eux ?
Julien a fait du bon travail sur les 6 agrès. Il a dû faire quelques petits réglages au sol et en barre fixe mais sinon c’était un bon tour sur les 6. Il a beaucoup travaillé et il est confiant. Il avait l’envie de bien faire tout en restant prudent car ça faisait longtemps qu’il n’avait pas fait de compétition. En fait on sentait que tous les gyms sont un peu sur un fil de rasoir. Les mouvements sont physiques, longs, acrobatiques donc ce n’est pas forcément évident de revenir à la compétition après tant d’attente. Ils veulent bien faire mais on sent qu’ils en gardent quand même un peu sous la semelle. Lors de cet entraînement podium, l’essentiel était de prendre des repères, ce que tout le monde a fait.

Quant à Loris, il faut savoir qu’il n’arrive pas en grande forme sur ces championnats d’Europe. Il est un peu en perte d’énergie et il a eu quelques soucis de repère sur la triple vrilles notamment. Sa lune double avant demi-tour était en revanche très bien. Il y a deux semaines il a tiré complet pour le Top 12 et c’était super bien donc on espère qu’il retrouvera cette bonne dynamique car lorsqu’il est énergique et explosif, il fait de la très belle gym. L’objectif pour Loris est désormais de faire un bon tour sur les 6 avec un objectifs de qualification en finale au concours général et puis retrouver une bonne énergie pour faire une finale saut et décrocher une médaille. Cet entraînement sur podium lui a fait du bien car il a pris ses repères, ça va lui permettre de moins se poser de questions le jour des qualifications.

Quel a été le programme le soir après l’entraînement podium et quel a été le programme d’aujourd’hui, veille de qualifications ? 
On a mangé et puis on a fait un petit débrief tous ensemble, entraîneurs, gyms et Laurent Barbieri le directeur du haut niveau masculin. Ensuite tout le monde est allé se coucher tôt pour récupérer. Ce matin, on a commencé la journée par faire un test PCR, ce qui nous permet d’être tranquille pour les 4 prochains jours, et on s’est entraîné. Un entraînement de base avec kiné et étirements pour éliminer les courbatures et les points de tension un peu partout par l’entraînement et les soins kiné. Cyril a beaucoup travaillé sur les arçons. Cet après-midi, repos ! On a rechargé les batteries et on s’est reposé. Cyril est retourné à l’entraînement. Et demain matin c’est parti !

Au niveau de l’état d’esprit, comment se sentent les gyms ?
Il y a beaucoup d’ingrédients je pense dans leur tête et dans leur corps (Rires). Il y a beaucoup de pression parce que premièrement il y a les Jeux derrière donc tu ne veux pas te blesser maintenant mais en même temps tu as envie de bien faire. Et puis ces championnats d’Europe marquent le retour à la compétition donc tu as un mélange de pression et d’excitation… Mais il faut remonter à cheval pour être capable de galoper à nouveau donc il faut passer par cette étape-là. Une fois que tu passes la porte de la salle, tu peux te dire ‘ça y est, on est enfin revenu à la compète !’

Le quota olympique est-il accessible pour Julien ou Mathias ?
Le niveau des généralistes est très très haut, donc aller chercher le quota olympique va être un peu compliqué. Nos deux généralistes français sont plutôt autour de 82/82.50 points et pour aller chercher le quota, il faudrait plutôt tourner autour de 83.50 points. Mais ils sont là pour faire de leur mieux et éclater leur score (Rires).

Propos recueillis par Charlotte Laroche 

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