Anne Kuhm : « Ma carrière m’a comblée de bonheur »

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Elle était l’un des piliers de l’équipe tricolore et du groupe s’entraînant à l’INSEP. Anne Kuhm vient d’annoncer son retrait du haut-niveau et son forfait pour les championnats de France qui se déroulent ce week-end aux Ponts-de-Cé, dans le Maine-et-Loire (49). Avant de s’envoler pour les Etats-Unis, elle a accepté de revenir sur sa carrière et ses nouveaux projets. Entretien.

Gym and News : Pourquoi ce choix de mettre un terme à ta carrière de haut-niveau en France ? Et pourquoi maintenant ? 
Anne Kuhm : Je mets un terme à ma carrière de haut-niveau en France, en raison de mon prochain départ pour les Etats Unis où je vais continuer mes études. Je ne peux pas rester en Equipe de France tout en intégrant une équipe universitaire américaine. J’arrête maintenant parce que je ne participerai pas au Championnat de France Elite samedi.

Depuis quand songeais-tu à arrêter ?
Ma réponse à la question « Depuis quand songeais-tu à arrêter » va surprendre car je n’avais pas d’idée précise du moment où j’allais arrêter. Ma décision est totalement liée à mon admission dans l’université américaine et l’intérêt du coach de l’équipe de gym pour mon profil. Faire des études tout en poursuivant la gymnastique me tient vraiment à cœur et tant que cela est possible, je ne suis pas prête à arrêter. J’ai eu cette opportunité en début de semaine et j’ai décidé de saisir ma chance et de l’accepter.

Pourquoi as-tu déclaré forfait pour les championnats de France ?
J’ai déclaré forfait pour les Championnats de France, à cause du manque de temps d’entraînement en raison de mes examens. Je ne suis pas prête pour cette compétition. Mon objectif à chaque sortie est de performer et de montrer de la belle gym. Ainsi, après discussion avec mes entraîneurs et la Fédération, j’ai pris la décision de déclarer forfait pour ce week-end.

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Pas trop déçue de ne pas avoir fait une dernière compétition en France ?
Comme précisé précédemment, mon objectif est de montrer de la belle gym et de performer lors des compétitions, ce qui n’est pas possible cette année. L’an dernier, j’ai fait une très bonne saison et je préfère ainsi rester sur un Championnat de France positif.

Quels sont tes nouveaux projets ?
Tout d’abord, en arrivant aux Etats-Unis, il faudra que je m’adapte à ma nouvelle vie. Mon objectif est de continuer à mener de front le projet universitaire et sportif comme j’ai réussi à le faire jusqu’à aujourd’hui. Mon objectif sur le plan universitaire sera de valider un Bachelor. Concernant la gymnastique, je souhaite faire de bonnes performances avec mes nouvelles coéquipières. D’autre part, j’ai également pour objectif de perfectionner mon anglais, compétence essentielle dans le contexte de la mondialisation.

Qu’attends-tu de ton expérience américaine (en gym mais également en terme d’études) ?
Je n’ai pas d’attentes particulières, mais cette expérience sera surement très enrichissante pour moi. Je vais découvrir une nouvelle culture très différente du modèle français. Elle me permettra également de faire de nouvelles rencontres et d’évoluer dans un environnement différent.

Connais-tu déjà ta future université ? 
Je connais effectivement l’université où je vais aller. Néanmoins, je ne peux pas vous la dévoiler. Selon les informations dont je dispose, l’université communiquera d’ici peu. Le mystère sera levé dans les prochains jours. Patience ! (Quelques heures après l’interview, le mystère a été levé : Anne Kuhm évoluera au sein de l’équipe des Sun Devils, rattachée à l’université d’état d’Arizona, NDLR – lire ici)

Quand pars-tu ?
Mon départ va dépendre des démarches administratives. Si j’obtiens tous les papiers à temps, je partirai fin juin.

N’appréhendes-tu pas ?
Je n’appréhende pas vraiment ce départ. Je considère cette nouvelle aventure comme une belle opportunité et je suis impatiente de la débuter. Je la compare à mon départ pour le Pôle de Dijon lorsque j’avais 11 ans.

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Matcher aux Etats-Unis… selon toi, qu’est-ce que cela peut t’apporter ? 
Matcher en championnat universitaire aux Etats-Unis représente pour moi quelque chose d’incroyable. Tout me semble grandiose et tellement différent des concepts européens. Le code de pointage et la notation sont différents du code FIG sur lequel nous travaillons en France, mais l’objectif final reste le même : atteindre la perfection. Mon objectif est de découvrir d’autres organisations et peut-être de m’amuser lors des compétitions ! Je matcherai pour l’équipe de gym de mon université. Je ne connais pas encore le programme de la prochaine saison, mais je sais que les matchs débutent en janvier pour finir en avril. La saison est courte, mais intense.

Que retiens-tu de ta carrière en France ?
Comme je l’ai dit lors de mon entretien avec le service Communication de la Fédération, à un peu plus de 20 ans, ma « déjà » longue carrière m’a comblée de bonheur. Je ne retiens que du positif ! J’ai vécu des choses extraordinaires et ai fait de belles rencontres. Je n’ai pas toujours progressé comme je le souhaitais, parce que j’ai souvent été freinée par des blessures, mais la gymnastique m’a appris énormément. Je pourrais m’épancher sur des blessures, des déceptions, car il y en a toujours mais tout cela est tellement insignifiant par rapport à la joie de porter haut les couleurs de mon pays, que je ne retiens que ce qui m’a fait progresser et avancer. J’ai parcouru le monde, rencontré des grands sportifs français et étrangers, côtoyé et travaillé avec des champions. Tout cela est simplement inestimable à mes yeux.

Quels seraient tes 3 meilleurs souvenirs ?
Il est très difficile de citer trois souvenirs après près de 10 ans de gymnastique de haut-niveau. Au lieu de revenir sur des compétitions auxquelles j’ai participé, je joue l’originalité :

– En premier, je dirai qu’il s’agit de ma première médaille lors de ma 1re compétition en circuit éducatif.

– Pour le second, je repense mon premier stage à Créteil avec le collectif national, .

– Enfin, en troisième, mon entrée au Pôle de Dijon.

Ne regrettes-tu pas de quitter le haut-niveau français sur une place de remplaçante aux Jeux Olympiques à Rio ?
Je suis très heureuse de mon parcours. Car avant de participer aux Jeux Olympiques, il a fallu qualifier la France. Et j’étais titulaire dans les 2 équipes du Test-Event, en 2012 à Londres et en 2016 à Rio. Ces challenges sont plus ancrés dans mon esprit que les Jeux. Les Jeux sont la récompense. Avoir participé en 2012 aux Jeux Olympiques de Londres était une très belle expérience pour moi. Faire partie de l’équipe une seconde fois, en 2016, en tant que remplaçante était un autre challenge. Je l’ai réussi et cela me satisfait.

Qu’est-ce que la gym t’a apporté tout au long de ta carrière ?
On dit souvent que la gymnastique est une école de la vie. Cela est bien vrai. Grâce à ce sport, j’ai appris à avoir plus confiance en moi, à me fixer des objectifs ambitieux et à persévérer pour les atteindre. L’exigence et la patience sont également deux autres valeurs qui m’ont été transmises grâce à la gym. Pour finir, je pense être devenue mature plus jeune. La gymnastique a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui.

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N’était-ce pas trop dur de concilier études supérieures et gym de haut-niveau ? N’y-a-t-il pas des fois où tu as eu envie de baisser les bras ?
Je mentirais si je disais que concilier les deux est simple. Les études supérieures nécessitent beaucoup plus de travail personnel pour valider une année que le lycée. Cela n’a pas été facile tous les jours. J’ai eu du mal à m’organiser au début, mais ensuite j’ai réussi à trouver le rythme de travail adéquat. J’ai eu la chance de bénéficier d’un aménagement à l’Université Paris-Dauphine, grâce au parcours « Talent ». Ainsi, j’ai pu continuer à m’entraîner tout en poursuivant mes études. Mes amis de promotion me prenaient les cours et m’aidaient lorsque j’étais en compétition. Je n’ai jamais eu envie de baisser les bras. Faire des études a toujours été très important pour moi. J’ai toujours voulu valider mes semestres en donnant le meilleur de moi-même et je me fixais des objectifs à atteindre dans chaque matière.

D’où tires-tu toute cette force qui t’as permis de mener de front ce double cursus ?
J’ai toujours voulu donner le meilleur de moi dans mon double projet. Dans les différents pôles par lesquels je suis passée, l’école avait toujours une place importante. Quand j’étais petite, j’ai été « éduquée » dès mon entrée au Pôle de Dijon, pour réussir dans ce double cursus. Ensuite à l’Insep, que j’ai intégré en 3ème, nous étions bien encadrées. Sophie, ainsi que nos entraîneurs, Eric et Cécile, et Eric et Monique nous rappelaient régulièrement l’importance de l’école et de nos résultats pour notre vie future. Au fur et à mesure des années, j’ai compris qu’il était important de bien travailler en classe. Je me suis donc engagée à l’école, comme je le faisais dans la salle de gym. Je dirai même que jusqu’au lycée, plus j’avais des entraînements, meilleures étaient mes notes en classe. En effet, j’étais obligée de mieux m’organiser et j’essayais de travailler en étant efficace.

Si tu devais regarder en arrière, comment pourrais-tu définir, en trois mots, l’ensemble de ta carrière ?
Double projet, audace, persévérance.

As-tu un regret ?
Je n’ai aucun regret. J’ai participé à de nombreuses compétitions nationales et internationales dont les Championnats du Monde et les Jeux Olympiques. J’ai remporté quelques titres de Championne de France, junior en 2011, senior en 2012, au sol en 2014. J’ai également remporté avec mon équipe un titre de Champion de France Top12 en 2014. De plus, chaque endroit par lequel je suis passé et chaque personne que j’ai côtoyée m’a apportée quelque chose. J’ai beaucoup appris durant toutes ces années et cela est loin d’être fini. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre.

Tu as carte blanche sur ta dernière réponse… Comment aimerais-tu conclure cette interview ? Qu’aimerais-tu dire ?
Puis je me permettre une réponse supplémentaire, avant la dernière ? Je conseille à toutes les filles de bien travailler et de faire confiance à leur encadrement, pour atteindre leur objectif. Ainsi notre Equipe de France pourra briller lors des Championnats d’Europe en 2020 en France, ainsi que lors des Jeux Olympiques de 2024, à Paris j’espère ! En attendant BON CHAMPIONNAT DE FRANCE à toutes. Enfin le mot de la fin sera merci … merci à toutes ces personnes qui m’ont permis de devenir qui je suis aujourd’hui. Et que toutes les personnes que je n’ai pas citées individuellement dans mon interview à la fédération (lire ici) me pardonnent. Je ne les oublie pas.

Propos recueillis par Charlotte Laroche pour Gym and News

 

 

 

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