Aline Friess, une victoire par KO contre le sablier du temps

Opérée du genou en octobre dernier, Aline Friess (SR Obernai) a su revenir à temps pour décrocher sa sélection pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Un pari osé mais relevé pour l’Alsacienne de 18 ans, entrée au pôle de Saint-Etienne en septembre 2015.

Tous ses espoirs auraient pu voler en éclats en octobre 2020 lorsqu’Aline Friess, en course pour une sélection olympique pour Tokyo, se retrouve stoppée net dans son élan en raison d’un genou blessé. « Un coup dur« , se souvient la principale intéressée qui avait participé à la qualification olympique de l’équipe de France un an plus tôt lors des championnats du monde de Stuttgart. Car rien ne laissait présager ce passage au bloc opératoire si près des Jeux Olympiques de Tokyo.

Tout a commencé par un genou qui craquait. Il n’y avait pas de douleur, juste quelques cracs. « Mon genou a commencé à craquer pendant le premier confinement. Dès que je le pliais, ça craquait » , explique la pensionnaire du pôle de Saint-Etienne. « Mais à ce moment-là, je pensais que ce n’était pas grave car il n’y avait pas de douleurs. J’avais également passé un IRM qui n’avait rien montré, j’étais donc rassurée. » Jusqu’au jour où les choses se s’emballent… « Je faisais de la choré avec Monique (Hagard) et au moment de faire un pivot, j’ai entendu un gros crac. Mais étrangement après ce gros crac, mon genou a arrêté de craquer » , lance-t-elle avant d’ajouter : « Mais au moment de retourner aux vestiaires, je m’assois et là d’un coup il m’était impossible de bouger mon genou. »

Un nouvel IRM est donc passé et le verdict tombe : anse de seau méniscale. En plus clair, Aline avait 70% de son ménisque qui était déchiré. Le choix de se faire opérer afin de le suturer est pris. S’en suivent alors plusieurs de mois rééducation et de réathlétisation.

Les trois premiers mois qui suivent l’opération, Aline ne fait rien sur les jambes. Une première phase de rééducation classique. « Puis jusqu’au 4eme mois, j’y suis allée très très doucement« , éclaire-t-elle. Ensuite, la machine s’est lancée. « Après ces 4 premiers mois, j’ai repris très vite. J’étais contente d’ailleurs car je n’avais pas perdu les sensations » , sourit-elle. Six mois après son opération, celle qui est entrée au pôle de Saint-Etienne à l’âge de 12 ans laissant sa famille à des centaines de kilomètres est remise sur pied, prête à aller chercher sa qualification olympique.

Six mois intenses où elle a travaillé d’arrache pied, sans jamais baisser les bras. Sans jamais perdre de vue son objectif. « Aline est un merveilleux exemple de générosité et de combativité au quotidien qui mérite un très grand respect« , confie d’ailleurs Eric Hagard, son entraîneur au pôle de Saint-Etienne. « Sa volonté et son courage à l’entraînement sont remarquables. Elle ne lâche rien. »

Mais si elle n’a rien lâché, les six mois qui ont suivi son opération ont parfois été parsemés de quelques périodes de doute. Certes éphémères mais qui ont tout de même existé. « C’est vrai que j’ai eu quelques coups de mou parfois » , avoue-t-elle. « Même si je n’ai jamais cessé d’y croire, les 3 premiers mois, il m’est arrivé de dire à Eric ‘mais je ne vais jamais arriver à reprendre aussi vite’, et puis finalement tout s’est très bien passé et j’ai réussi. Malgré les coups de mou, au fond de moi, j’y ai toujours cru, c’est ce qui m’a aidé je pense. Car si je n’y avais pas cru, je n’aurais pas réussi. Le mental est extrêmement important dans ces moments-là, il faut y croire sinon ça ne sert à rien. »

Retour gagnant
Six mois après son opération, la coéquipière de Mélanie De Jesus Dos Santos et Lorette Charpy récupère son niveau d’avant blessure, retrouve les plateaux de compétition, l’équipe de France et les podiums. Un retour en grande pompe même puisque sélectionnée pour un tournoi international organisé fin mai en Ukraine, elle s’offre l’or au concours général et au sol. Malgré son coup d’arrêt, son explosivité et son amplitude acrobatique n’ont pas bougé. Aline Friess est bel et bien de retour. Une sortie extrêmement importante si près de l’annonce de la sélection olympique. Des résultats précieux qui lui ouvriront même les portes des Jeux Olympiques de Tokyo. Le graal. Quelques semaines plus tard, elle confirmera en remportant l’argent au concours général lors du FIT Challenge, tournoi international de préparation olympique organisé à Gand, en Belgique.

Une belle récompense après une année longue et si intense. Mais Aline relativise et n’en retient que le positif. « L’année a été longue mentalement mais comme je me suis un peu « reposée », dans le sens où les premiers mois de ma rééducation, j’ai eu moins de chocs et moins de contraintes que les filles qui ont continué à s’entraîner normalement, physiquement je suis en forme. Et puis mentalement, je suis vraiment prête et motivée à faire quelque chose de beau » , lance-t-elle.

Quelque chose de beau en équipe d’abord. « Ce qu’on vise avant tout, c’est la finale par équipes« , sourit-elle. En individuelle, elle vise une finale au concours général. « Mon objectif est de faire le meilleur pour faire le meilleur résultat« . D’autant que parmi les 4 Françaises alignées à Tokyo, seules 2 pourront se qualifier en finale du concours général, du fait de la règle de deux gymnastes maximum par pays par finale.

Malgré son opération et cette course contre la montre, Aline a réussi à garder son niveau d’avant blessure. « Mes notes de départ n’ont pas changé » , se réjouit-elle, « mais j’ai quand même dû faire quelques ajustements dans mes mouvements, notamment au sol et à la poutre. Pour le moment, je ne peux par exemple plus faire de pivot accroupi, donc j’ai dû les enlever et je les ai remplacés par des pivots debout et des pivots classiques. » Une fois les Jeux terminés, l’Alsacienne pourra poursuivre sa rééducation et ainsi recommencer, à terme, les pivots accroupis.

Mais pour l’heure, tous les yeux sont rivés sur Tokyo et Aline compte bien profiter pleinement de ce moment olympique qu’elle est allée chercher de la sueur de son front. Des Jeux Olympiques auxquels elle a commencé à rêver progressivement. Au fil du temps et des résultats. « Petite, je ne me souviens plus avoir rêvé des Jeux » , livre-t-elle. « Lorsque je suis entrée au pôle de Saint-Etienne, je n’y pensais pas encore car pour moi je n’avais pas le niveau. Mais à force de progresser et au fil de mes résultats, c’est là que j’ai commencé à y penser. Mais honnêtement, c’était à partir de 2019, pas avant » , confie-t-elle avec toute l’humilité qu’on lui connaît. Car Aline n’est pas du genre à faire des plans sur la comète. Réaliste, elle avance en étant sûre de ses choix, de ses objectifs, sans rêver trop grand. Alors forcément, les Jeux, elle a laissé le travail se faire avant d’y penser. Mais lorsqu’elle a commencé à y penser, lorsqu’elle a pris conscience que les portes olympiques s’ouvraient à elle, plus rien ne pouvait l’arrêter. Même pas les coups du sort. Un exemple de combativité et de persévérance qui, mêlés à une bonne dose de talent, ont permis de résoudre une équation insolubles pour certains, mais dont le résultat s’est finalement révélé être d’une limpidité totale pour la principale intéressée. Une course contre la montre remportée avec succès.

Charlotte Laroche 

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