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Pôle de Dijon : un congé maternité pas encore remplacé, des gyms et des parents plongés dans l’inconnu

29 novembre 2017
Nadia Dijon

[DOSSIER DU MOIS] Le congé maternité d’un salarié est parfois mal appréhendé par l’entreprise… et le monde de la gym ne déroge pas à la règle se retrouvant actuellement face à une difficulté de recrutement dans le cadre du congé maternité de Nadia Massé, entraîneur au Pôle espoir de Dijon. Une difficulté de recrutement qui entraîne une situation très inconfortable pour les jeunes gymnastes et pour Nadia qui, alors qu’elle ne le devrait pas, se sent responsable. Un sujet auquel j’ai souhaité m’intéresser dans le cadre du dossier du mois de novembre et la manière dont un congé maternité peut être géré au sein d’une structure de haut-niveau.

Peu importe l’entreprise, l’organisme, l’association, un congé maternité se prépare. Malheureusement, il arrive que parfois, un congé maternité soit pas suffisamment anticipé. Il arrive même qu’il y ait des couacs, des problèmes de timing.  Même si la salariée a prévenu bien en amont ses supérieurs dans l’espoir de partir l’esprit tranquille pour donner la vie. Sauf que dans certaines situations, ces problèmes de timing peuvent avoir des conséquences plus lourdes…

Enceinte et après l’avoir repoussé de quelques jours avec l’espoir qu’un entraîneur remplaçant soit trouvé entre-temps, Nadia Massé vient de débuter son congé maternité laissant derrière elle, avec regret, six gymnastes privées d’entraîneur. Six gymnastes qui, pour certaines, sont sur le chemin de sélection pour les championnats d’Europe. Six gymnastes qui ne savent pas de quoi leur avenir proche sera fait. Six gymnastes qui ne savent pas par qui elles vont être entraînées et peut-être même ni où elles vont pouvoir être entraînées…

De son côté, la Fédération tente de trouver des solutions. « Nous avons d’abord tenter de recruter dans le privé avec un appel d’offre destiné aux entraîneurs de clubs« , explique Matc Iteman, directeur technique adjoint. Et d’ajouter : “Nous avions alors une piste sérieuse qui n’a finalement pas pu aboutir pour des raisons liées au fait que nous ne pouvions pas lui assurer une sécurité de l’emploi à l’issue du CDD de remplacement. »

Le timing est très serré mais nous allons faire en sorte que cette mission au Pôle de Dijon devienne prioritaire

Le recrutement au sein des clubs ne permettant pas d’assurer le remplacement de Nadia, la Fédération a donc décidé de changer son fusil d’épaule. « Nous avons compris que le recrutement dans le privé serait trop compliqué car, en effet, nous ne pouvions promettre aucune sécurisation d’emploi aux coachs qui auraient rompu leur contrat au sein de leur club. En terme de statut, lorsque leur CDD aurait été terminé, nous ne pouvions rien leur promettre. C’est propre à toutes les entreprises, pas uniquement à la Fédération« , souligne le DTN adjoint qui explique qu’une prospective allait désormais être lancée au sein même des cadres d’état. « Le timing est très serré mais nous allons faire en sorte que cette mission sur le pôle de Dijon devienne prioritaire« , livre Marc Iteman. Une situation qui pourrait donc peut-être se débloquer dès la semaine prochaine si un cadre d’état accepte d’entraîner au Pôle de Dijon dans le cadre du remplacement congé maternité de Nadia Massé pour les six prochains mois.

Mais si aucun cadre d’état ne répond favorablement à cette demande, une autre piste existera-t-elle ? « Ce serait le dernier recours et nous espérons ne pas en arriver là mais il se pourrait que certaines athlètes soient alors délocalisées sur d’autres pôles. C’est une situation que nous voulons éviter car nous souhaitons les laisser dans leur environnement et allons mettre tout en oeuvre pour les laisser sur site« , précise le DTN adjoint.

Une délocalisation qui s’avérerait compliquée pour ces jeunes gymnastes qui quitteraient ainsi tous leurs repères. Des jeunes filles déjà confrontées à un changement d’entraîneur et qui seraient, également, coupées de leur cocon en cours d’année. Une situation que craint d’ailleurs les parents et Nadia. Des parents qui se retrouvent totalement démunis face au manque d’informations. « Nous n’avons reçu aucune information quant au remplacement de Nadia. Aucune réunion organisée. Aucune solution officielle ne nous a été communiquée. Aucune lettre informative ni de la Fédération, ni du Pôle« , expliquent les parents regroupés au sein d’un collectif.

Nadia et Alizée

Alors ce mardi, lorsque les parents ont appris que les six gymnastes entraînées par Nadia avait dû écourté leur entraînement, faute de remplacement, les choses ont pris une toute autre ampleur. « Il est évident que les filles sont perturbées par la situation et que ce sujet est évoqué depuis plusieurs semaines entre les filles, Nadia et nous, les parents. Mais ce mardi a été le coup de grâce« , regrettent-ils.

Du côté de la Fédération, en attendant de trouver une solution pérenne, une solution provisoire est évoquée. « Dominique Aubry (également entraîneur au Pôle et en charge des 6 autres gyms du Pôle, NDLR) s’occupera des 12 gyms jusqu’à nouvel ordre« , poursuit le DTN adjoint. Une solution provisoire qui s’annonce néanmoins compliquée. « Cela est strictement impossible de gérer 12 filles pour un seul coach ! » lancent les parents avant de compléter : « La gym est un sport très difficile où les coachs inculquent des valeurs et du respect. Il est constamment demandé aux gyms de la discipline, de l’exigence et de la rigueur, or les responsables de la Fédé nous montrent tout le contraire. Les filles ne sont que des numéros. Nous avons peur que la dynamique dans laquelle était nos filles soit cassée. Elles ont besoin de repères et de stabilité. Ce n’est malheureusement plus le cas.  »

Des parents qui pointent donc du doigt l’urgence de la situation. « Les filles sont livrées à elles-mêmes. L’an dernier, elles ont été confrontées à un problème de salle. Cette année, elles sont confrontées à un problème d’entraîneur. Elles sont désorientées. Il faut mettre un terme à ce système inefficace. On se sent abandonnés« , regrettent-ils. Face à ce constat d’abandon et de manque d’écoute, ils ont décidé d’alerter le Ministère des Sports par l’envoi d’un courrier (lire une partie ci-dessous).

Une question se pose désormais… Un congé maternité est une absence qui peut être anticipée. Ce n’est pas une absence inopinée comme pourrait l’être une absence pour longue durée pour cause de maladie ou accident. Une absence que la Fédération avait la possibilité de préparer bien en amont, Nadia ayant fait part de sa grossesse très rapidement afin d’éviter ce genre de désagrément à ses gyms. « Nadia Massé nous avait en effet informée de sa grossesse fin mai et nous avons été conscients assez tôt de la difficulté de recrutement que pouvait entraîner ce congé maternité. Mais le contexte était assez lourd à ce moment-là avec beaucoup d’événements nationaux et internationaux, ce qui a freiné la mise en route du recrutement« , concède-t-on à la direction technique nationale…

Une prise de conscience quant à la difficulté de recrutement qui s’est ainsi peut-être faite trop tardivement ? Un congé maternité vraisemblablement pas suffisamment anticipé par l’employeur. Pour l’heure, l’important est de trouver une solution pérenne pour ces gymnastes qui sont sur la route des Jeux de Tokyo 2020 pour certaines, de Paris 2024 pour d’autres et la Fédération a conscience de cette urgence. Un recrutement compliqué qui tombe au moment où trois entraîneurs sont recherchés pour l’INSEP et où le président de la Fédération a sollicité le ministère des sports pour mettre fin aux missions de Corinne Callon, directrice technique nationale. Un recrutement qui, espérons-le, finira par aboutir à une situation confortable pour les gymnastes qui sont les premières victimes de tout cela. Une situation qui, aujourd’hui, reste inconfortable et qui plonge Nadia Massé dans un sentiment de culpabilité par rapport à ses gyms pour qui elle donne tant. Un sentiment qui ne devrait pas exister et que ressentent encore malheureusement trop souvent les femmes enceintes au moment de leur départ en congé maternité. Des femmes enceintes qui ne devraient en aucun cas se sentir responsables de s’absenter pour donner la vie…

Propos recueillis par Charlotte Laroche pour Gym and News

 

Extrait du courrier envoyé par les parents à Laura Flessel, ministre des Sports :

« L’objet de ce courrier est de vous interpeller quant à la situation  que vivent depuis 2 ans les gymnastes de haut niveau du pole de Dijon. L’an dernier, elles ont été privées de salle toute l’année (d’octobre 2016 à Septembre 2017) pour une réparation de plafond qui a duré 2 semaines…. Malgré des rappels, des rencontres avec la Fédé de gymnastique, la direction du Creps, des interventions d’élus locaux, les filles ont fait des milliers de km, baladées de salle en salle au détriment de leur concentration, de leur santé et d’une préparation aux compétitions qu’elles méritaient.

Cette année, ce n’est plus de salle dont une partie des filles sont privées mais d’entraîneur : on ne peut pas dire, pourtant, que le congé maternité de leur Coach soit une surprise pour quiconque.

Mais non, malgré les délais, les nouvelles promesses, les filles sont depuis quelques jours livrées à elles-mêmes alors que les compétitions auxquelles elles projettent de participer (Championnats d’Europe Junior…..) réclament au contraire de maintenir le programme fixé. »

 

  1. C’est désolant ce type de situation et inadmissible que ces jeunes filles ne puissent s’entraîner dans des conditions logiques et avec un encadrement compétent vis à vis de leur niveau. De même il est incohérent de la part de la Fédération de n’avoir pu trouver de solution car depuis mai elle était informée. De même, les non réponses ne peuvent qu’envenimer la situation.
    Que recherche donc la Fédération dans cet immobilisme, les responsabilités sont à quels niveaux? où est l’intérêt fédéral, quelle politique ?
    Après la mise à l’écart de la DTN, la suppression de centres d’entraînement performants, le départ d’entraîneurs compétents à l’étranger on peut se demander où est la délégation de service public….

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