Janna Mouffok : « Savoir que je vais faire les Mondes est quelque chose d’exceptionnel »

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Contrainte de quitter l’INSEP en juillet dernier et évincée par la même occasion du collectif France pour cause de résultats insuffisants (lire ici), Janna Mouffok va pouvoir connaître un nouveau départ. Franco-algérienne, la gymnaste de 17 ans représentera désormais l’Algérie lors des grandes compétitions internationales avec pour objectif, une qualification pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Premier rendez-vous : les championnats du monde de Doha fin octobre. Explications.

La carrière de Janna Mouffok va pouvoir connaître un second souffle… Pourtant, lorsque nous l’avions laissée en fin de saison dernière, les choses étaient loin d’être si limpides. Après deux saisons passées à l’INSEP, elle devait faire ses valises, sortant par la même occasion du collectif France. Pour elle, pratiquer la gymnastique de haut-niveau allait alors désormais faire partie du passé.

Mais un coup de téléphone allait tout changer…  « Après l’annonce de mon départ de l’INSEP, Nadia Massé m’a contactée pour connaître mes origines car elle avait des contacts avec l’Algérie qui étaient susceptibles d’être intéressés par mon profil », confie-t-elle. « Lorsque j’ai appris le départ de Janna et la manière dont cela s’était fait, j’ai été touchée qu’une nouvelle fois une gymnaste soit heurtée psychologiquement par son arrêt. Mon papa étant algérien et ayant des contacts au sein de la Fédération algérienne, j’ai en effet pris contact avec Janna afin de l’informer que je pouvais la mettre en relation avec eux si elle le souhaitait » , ajoute Nadia Massé qui officie désormais au sein du club Chenôve, commune limitrophe de Dijon. Une proposition qui offrait alors une seconde chance à Janna et que l’ex-pensionnaire de l’INSEP n’hésita pas une seconde à saisir. « En matchant pour l’Algérie, pays d’origine de mon papa, c’est une occasion pour moi d’avoir la possibilité de réaliser mes rêves en participant à de grandes compétitions internationales », sourit-elle

Afin de mener à bien son projet, Janna devait néanmoins trouver une solution afin de s’entraîner dans de bonnes conditions. « Après avoir eu Janna au téléphone, sa maman m’a téléphonée m’expliquant que le club de Meaux ne pouvait malheureusement pas lui proposer d’entraînement biquotidien, ni d’horaires aménagés.  » , explique Nadia, la coach au grand coeur, avant de préciser : « Elle m’a alors demandé si je pouvais entraîner sa fille. À l’origine, il n’était pas question pour moi que Janna mute dans un autre club, je l’avais uniquement contactée afin de la mettre en relation avec la fédération algérienne, mais lorsque sa maman m’a demandé si je pouvais entraîner sa fille, j’ai d’abord pris le temps de contacter le club de Meaux, et ensuite, constatant que Meaux ne pouvait rien lui proposer, j’ai accepté de l’entraîner. »

Après des débuts manqués au sein du club de l’ADG21 avec un projet que Nadia souhaitait mettre en place avec le soutien d’AStrid Korn, la présidente, mais qui n’a finalement pas pu aboutir, Janna a ensuite pu retrouver le chemin de l’entraînement à Chenôve, club réputé pour sa section tumbling, déjà en partenariat avec l’Algérie. « Dès que j’ai contacté le club de Chenôve pour tenter de mettre en place un projet commun, ils ont tout de suite été intéressés. Nous avons alors ensuite fait les démarches pour que les choses aboutissent et j’en suis très satisfaite ! » , précise Nadia.

Depuis la semaine dernière, Janna entrevoit donc le bout du tunnel. Un renouveau pour celle qui avait représenté la France lors des championnats d’Europe junior de Bern, en 2016. Deux ans après cette première grande expérience internationale, elle s’apprête à en vivre une nouvelle, sous de nouvelles couleurs, celles de l’Algérie, mais avec toujours la même passion et la même envie de se faire plaisir. Tout en étant épaulée par ses proches mais également par Nadia, dont les compétences et la bienveillance ne sont plus à prouver. « Nadia a fait énormément pour Janna. C’est vraiment une belle personne. Sans elle, Janna n’aurait pas eu cette chance de continuer à poursuivre son rêve« , livre Séverine, la maman de Janna avant d’ajouter : « Le départ de l’INSEP n’a pas été une surprise pour nous car il était prévu depuis pratiquement le début de la saison. En revanche, la surprise a été lorsque j’ai demandé en début de saison dernière si tout allait bien pour Janna et qu’on m’a répondu que si elle ne performait pas à la revue d’effectifs, elle pourrait quitter l’INSEP en cours de saison. La décision du Gymeval, en mai a donc été un soulagement après une année difficile où ma fille a beaucoup souffert. J’étais heureuse de la sortir de ce milieu malsain et néfaste. »

Oublié le passé, Janna peut désormais se construire un bel avenir. « Je suis heureuse que ma fille puisse concourir avec l’Algérie, pays d’origine de son papa. C’est une chance inattendue. Janna n’est pas sortie de l’INSEP proprement. Elle a été abîmée psychologiquement. Elle va désormais pouvoir faire des compétitions dans un continent différent, apprendre de nouvelles cultures, voir autre chose. Et surtout, elle s’entraîne avec un entraîneur qui la valorise, qui croit en elle, qui panse ses blessures et qui lui redonne confiance. Avec le plaisir et le soutien, tout est possible » , complète sa maman pour qui la saison dernière a également été éprouvante.

Janna Mouffok 2018

De son côté, Janna a pris ses marques dans sa nouvelle vie. Entre le lycée qu’elle fréquente en horaires aménagés et les entraînements au sein de la grande et belle salle équipée du club de Chenôve. « J’avais déjà un peu repris l’entraînement début juillet. Au début, les entraînements étaient un peu compliqués car j’avais bien perdu physiquement ! Je m’étais laissée aller étant donné que je pensais arrêter la gym (Rires). Donc la reprise n’a pas été évidente mais je suis vraiment contente de retrouver des sensations. Je suis également très contente de m’entraîner avec Nadia. Même si je découvre un autre rythme, une autre manière de travailler par rapport à tout ce que j’ai pu connaître avant, ce que j’aime avec Nadia c’est le fait qu’elle soit tout le temps motivée et positive. C’est un entraîneur qui se donne à 100% tous les jours ! Elle a tout fait pour que je me sente bien dès le début. Je pense qu’avec elle, je vais pouvoir avancer et réaliser de belles choses » , sourit la jeune gymnaste de 17 ans.

Bien entourée et surtout de nouveau épanouie, Janna a toutes les cartes en main et peut donc pleinement se concentrer sur ses nouveaux objectifs avec l’ambition de disputer les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Mais avant de penser aux Jeux, elle se prépare pour sa prochaine grande échéance : les championnats du monde de Doha qui vont se dérouler du 25 octobre au 3 novembre prochain. Le reste de sa saison sera également ponctué par d’autres rendez-vous : tournois internationaux (dont le prochain se tiendra d’ailleurs ce samedi 6 octobre en Belgique en guise de préparation pour les Mondiaux, NDLR), championnat d’Algérie, championnat arabe ou encore les Jeux Africains.

Quant au passé, elle ne préfère pas regarder derrière… Et du haut de ses 17 ans, elle arrive à prendre beaucoup de recul par rapport à son éviction prématurée du collectif France et de l’INSEP. « J’ai la preuve que quand quelque chose se passe dans notre vie, que ce soit en bien ou en mal, il y a une raison. Rien ne se passe au hasard. C’est de l’histoire ancienne maintenant ! Je vais représenter l’Algérie, le pays d’origine de mon papa, et j’en suis très fière. Et puis de savoir que je vais faire les Mondes est quelque chose d’exceptionnel. Ça me paraît fou sachant qu’il y a quelques mois, je pensais mettre fin à ma carrière de gym. »

Propos recueillis par Charlotte Laroche
Photos Damien Lecatelier et Laurie Pina

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